L’immunologiste Dr Anthony Leonardi parle de la COVID longue durée et des dangers émanant du SRAS-CoV-2

Le docteur Anthony Leonardi, un immunologiste spécialiste des cellules T qui a étudié à l’université Johns Hopkins, est le coauteur d’un important rapport scientifique publié en octobre dans la revue Pathogens. Le Dr Deepti Gurdasani, épidémiologiste et ardent défenseur du programme «COVID Zéro», est également l’un des coauteurs.

Ils ont résumé les incertitudes qui entourent les implications à long terme d’une vie avec la COVID-19, en soulignant les dangers associés à l’évolution virale et la dérégulation immunitaire que les infections par le SRAS-CoV-2 peuvent provoquer dans le corps humain. Ils donnent un aperçu des préoccupations soulevées par la réinfection et le concept de ‘seuil d’immunité collective’. En outre, ils soulignent la complexité et les complications à long terme associées à la COVID longue durée.

Le Dr Anthony Leonardi, PhD

Ils écrivent: «Bien que la COVID-19 soit décrite comme un syndrome respiratoire, des preuves confirment l’implication de plusieurs systèmes organiques, avec une fibrose et une inflammation dans les poumons, le cœur, les reins, le système nerveux central (SNC), le foie, les glandes surrénales, la moelle osseuse, les ganglions lymphatiques et le tractus gastro-intestinal. L’infection par le SRAS-CoV-2 est également associée à de graves complications thrombotiques, notamment des accidents vasculaires cérébraux, des embolies pulmonaires et des lésions cardiaques».

Le Dr Leonardi, qui s’est opposé aux réouvertures d’écoles non sécurisées, a récemment pris la parole lors du sommet du Réseau mondial de la santé pour souligner les dangers que courent les enfants. En réponse aux dangers posés par l’enseignement en classe, il a dit: «Une publication fait état d’une diminution de la durée de vie productive chez les enfants, et cette diminution est plus marquée chez les enfants que chez les adultes. C’est donc une mauvaise idée. Nous préparons les enfants à avoir des maladies chroniques».

La semaine dernière, le Dr Leonardi a accepté notre invitation à s'exprimer sur ces questions.

Note aux lecteurs : Des hyperliens ont été ajoutés à des questions spécifiques tout au long de l'interview. Veuillez vous y référer en tant que ressources supplémentaires. En outre, des notes explicatives ont été insérées pour certains des termes techniques employés au cours de la discussion.

Benjamin Mateus (BM): Bonjour, Dr Leonardi. Merci d’être avec nous sur le World Socialist Web Site (WSWS).

Anthony Leonardi (AL): Bonjour. C'est en fait le soir pour moi. Je suis actuellement en Europe.

BM:Pouvez-vous nous dire brièvement qui vous êtes et ce que vous faites? Vous avez également été très actif sur les réseaux sociaux. Comment cela se passe-t-il sur le plan professionnel?

AL:Je m’appelle Anthony Leonardi. Je suis actuellement étudiant en master de santé publique. J’ai précédemment fait des recherches sur l’immunité des cellules T et la mémoire des cellules T. Je suis titulaire d’un doctorat sur la mémoire des lymphocytes T.

[Les cellules T sont des globules blancs spécialisés qui jouent un rôle central dans la réponse immunitaire. Les cellules T comprennent les cellules CD8+, également appelées cellules «tueuses», qui détruisent les agents pathogènes envahissant l’organisme. Le processus par lequel les cellules T identifient les agents pathogènes et dirigent les cellules CD8+ contre eux est connu sous le nom d’immunité cellulaire. Les cellules T à mémoire font partie de la réponse adaptative du système immunitaire aux agents pathogènes. Lorsque les cellules T CD8+ naïves rencontrent un antigène particulier, tel que le virus SRAS-CoV-2, elles subissent des modifications moléculaires, passant à l’état activé et se développant selon différentes sous-populations, l’une d’entre elles étant le développement d’une mémoire contre les infections futures par le même agent pathogène. En général, les cellules T CD8+ à mémoire ont une longue durée de vie et répondent aux infections répétées par une réponse protectrice renforcée].

C’est essentiellement ma formation. Je suis actuellement en pause. J’étais étudiant en médecine au Royaume-Uni, et j’ai mis cela en suspens parce que ce n’est pas très sûr de se trouver à Londres en ce moment. Je me suis dit que j’allais rester en Espagne et au Portugal pendant un certain temps jusqu’à mon retour aux États-Unis, probablement après avoir reçu ma troisième dose.

En ce qui concerne les réseaux sociaux… J’ai des gens qui essaient constamment de m’annuler et qui envoient des e-mails à mes institutions affiliées.

BM:Pourquoi ?

AL:Ils sont très en colère parce qu’ils veulent nous faire admettre que l’immunité des cellules T va conférer une «immunité naturelle» et une «protection naturelle». Vous avez peut-être vu la Dr Monica Gandhi y faire constamment référence. Et puis beaucoup de républicains parlent aussi de l’immunité des cellules T et d’autres choses.

Mes recherches portaient sur la mémoire des lymphocytes T. J’ai découvert comment contrôler la mémoire des cellules T lorsque je travaillais au NIH (National Institutes of Health) et dans un laboratoire d’immunothérapie des cellules T. J’ai su en mai [2020] quand j’ai vu la première publication dans The Lancetsur ce virus. J’étais à Londres à l’époque, et j’y connaissais un virologue et oncologue. Malheureusement, il est très conservateur. Il fait partie de l’UKIP (UK Independence Party, qui a fait campagne pour le Brexit) au Royaume-Uni. J’ai parlé avec lui de mes inquiétudes concernant ce virus. Le système immunitaire n’avait pas l’air de se comporter bien du tout. J’ai essentiellement compris que les vaccins seraient plus efficaces que l’infection pour conférer une immunité.

Et évidemment, cela allait à l’encontre de ce que voulaient tous les intérêts de la grande entreprise, comme l’AIER (American Institute for Economic Research). Il s’agit avant tout d’obtenir tout l’argent du pétrole. Ils veulent que l’économie soit complètement ouverte, et ils veulent que la consommation marche à fond. Ils essaient de convaincre tout le monde que les vaccins ne sont pas forcément nécessaires pour la sécurité et que l’immunité sera de longue durée, mais ce n’est pas le cas.

BM:Je pense que l’une des choses que nous ne comprenons pas, c’est comment l’immunité au virus fonctionne réellement et l’interaction entre le virus et notre système immunitaire. Je pense que c’est une pièce très importante du puzzle que vous apportez à cette discussion. Pouvez-vous nous en parler brièvement et nous expliquer comment vous vous êtes impliqué dans la défense COVID-19?

AL:Pour répondre à la deuxième partie de votre question sur la défense et COVID-19, je pense que c’est un domaine d’étude passionnant parce qu’il est directement lié à ce que nous faisons. J’ai commencé à m’intéresser à la COVID-19 simplement parce que je me sentais concerné d’un point de vue immunologique, parce que j’ai vu la première publication dans The Lanceten janvier 2020, où les patients présentaient une lymphopénie profonde [un niveau réduit de globules blancs qui aident à combattre les infections]. C’était très significatif, les personnes étaient très malades et il me semblait qu’il y avait une sorte de septicémie [infection du sang et des tissus pouvant entraîner une défaillance des organes, un choc et même la mort], ce qui se produit généralement dans les infections super antigéniques [les super antigènes sont des molécules qui déclenchent une réponse immunitaire, entraînant une activation excessive du système immunitaire, comme dans le cas de la réponse de notre corps à la COVID-19]. La lecture de cet article a déclenché une alarme dans mon esprit. Je pensais savoir ce que je regardais, du point de vue de l’immunité, que notre immunité naturelle serait endommagée et déformée par cet agent pathogène.

Ce n’est que par intérêt scientifique et par obligation que je me suis dirigé vers la COVID-19. En tant qu’immunologiste, j’en connaissais aussi les ramifications. Je savais que nous n’allions pas avoir de mémoire durable ou compétente de l’infection [SRAS-CoV-2]. J’ai donc rédigé des lettres pour diffuser cette information et donner mon avis sur ces résultats. J’ai également fait des déclarations sur l’immunité chaque fois que je le pouvais, en public.

BM:Que signifient l’expression «immunité compétente durable» et le terme «superantigène»? Ce serait utile de les définir pour nos lecteurs.

AL:Je définirais l’immunité compétente durable comme une immunité qui vous empêche de tomber malade à cause d’un virus la deuxième fois que vous l’attrapez. C’est comme les infections ponctuelles, où l’on est contaminé une fois et où l’on est tranquille pour le reste du temps. Par exemple, les choses qui ne vous réinfectent pas normalement, comme la varicelle. Elle peut rester latente en vous, mais votre mémoire immunitaire la contrôle. Vous ne retombez pas malade à moins d’avoir une crise de zona. C’est ce qu’on appelle une immunité compétente durable.

Une immunité incompétente, ou une immunité non durable est le type d’immunité que l’on obtient généralement lors d’une infection à coronavirus, comme le rhume. Vous pouvez être réinfecté, et ce sera aussi grave que les autres fois. Et même pour les personnes âgées, lorsqu’elles sont réinfectées par des types de virus de grippe, elles peuvent s’infecter plus gravement. Le fait d’avoir été vacciné ou d’avoir été infecté dans le passé entraîne une certaine mutation du virus de la grippe, ce qui explique peut-être pourquoi les réinfections peuvent être graves, mais cela peut aussi être simplement la baisse de l’immunité.

L’immunité cellulaire [Réponse immunitaire qui n’implique pas d’anticorps. Au lieu de cela, divers types de globules blancs, y compris des lymphocytes T préalablement sensibilisés, sont recrutés en réponse à une infection. L’immunité cellulaire est très efficace contre les cellules infectées par des virus, des bactéries intracellulaires, ainsi que des cellules cancéreuses. Elle joue également un rôle de médiateur dans le rejet des greffes], dans certains cas, elle peut généralement réagir assez rapidement pour prévenir la maladie, mais pour certaines affections, elle n’est pas assez rapide pour empêcher une nouvelle maladie.

En particulier, l’arrivée de Delta, qui infecte très rapidement, fusionne avec les cellules si rapidement, se réplique si rapidement et se transmet si rapidement qu’il dépasse notre immunité cellulaire naturelle, car celle-ci met du temps à se mettre en place.

Ce qui se passe, c’est que vous avez une infection, et vous stimulez certaines cellules T qui reconnaissent l’infection et les cellules B sont stimulées et elles prolifèrent, et elles contrôlent l’infection. Et, on doit attendre un certain temps pour que ces cellules se développent en nombre et en phénotype pour s’attaquer à l’infection.

Puis, une fois l’infection combattue, le nombre de cellules diminue, ce qu’on appelle la formation de la mémoire. Le nombre de cellules qui ont combattu l’infection diminue, et elles se retrouvent dans un état de quiescence. Et quand l’agent pathogène revient, ces cellules vont le reconnaître et se multiplier.

La deuxième fois, tout cela se produit plus rapidement parce que votre corps a créé une mémoire cellulaire. Mais le problème de certains virus, comme la souche Delta du coronavirus, est qu’ils peuvent dépasser notre immunité cellulaire. Je pense donc que c’est ce qui se passe avec le SRAS-CoV-2. Notre immunité cellulaire peut être suffisamment durable pour prévenir certaines maladies graves chez les personnes immunocompétentes en bonne santé. Mais pour les maladies légères et modérées, tout le monde a un risque s’il n’a pas d’anticorps capables de les combattre.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’un renforcement, pour nous assurer que les niveaux d’anticorps sont suffisamment élevés pour faire face à l’agent pathogène si nous le rencontrons. Et puis il y a aussi la question de la protection des muqueuses, qui est un sujet brûlant en ce moment, et la façon dont ces vaccins sont fabriqués…

[L’immunologie des muqueuses est l’étude de la réponse immunitaire qui se produit au niveau des muqueuses du système respiratoire, ainsi qu’au niveau des voies gastro-intestinales et urogénitales. Dans un organisme sain, le système immunitaire des muqueuses protège contre divers agents pathogènes, y compris les virus, tout en maintenant une tolérance envers les microbes bénéfiques et les substances bénignes de l’environnement. En raison de son interface avec l’environnement, le système immunitaire des muqueuses, géré par les anticorps IgA, est le composant le plus important de l’ensemble du système immunitaire. Les vaccins COVID-19 actuels ont pour fonction de fournir une immunité systémique, après que le virus ait franchi les défenses des muqueuses du nez, de la bouche, des yeux et des voies aériennes supérieures. Des recherches cliniques sont actuellement en cours pour développer des vaccins mucosaux, qui pourraient avoir la capacité d’empêcher les infections de s’établir en premier lieu].

Une immunologiste du MIT étudie l’immunité des muqueuses telle qu’elle est conférée par les vaccins à ARNm, comme ceux de Pfizer et Moderna. Elle a constaté qu’une sorte d’anticorps hybride existe qui est produit peu de temps après la vaccination qui confère une sorte de protection des muqueuses.

Cette étude est encore sous forme de pré-impression, mais elle semble très prometteuse. Cela nous donnera des indices sur la façon dont il confère une meilleure immunité muqueuse. Cela signifie que beaucoup de gens parlent maintenant de vaccination intranasale ou de vaccination mucosale. Ce type de vaccination peut apporter une mémoire immunitaire comme celle des cellules B et T dans ces surfaces muqueuses pour traiter plus rapidement la réinfection par le SRAS-CoV-2. Mais en l’état actuel des choses, nous aurons besoin de rappels.

La protection va diminuer, en tout cas pour les maladies légères et modérées, voire pour les maladies graves. Les gens vont donc avoir besoin de se faire vacciner, au moins une fois par an, je pense.

BM:Cela soulève deux questions. Je pense que vous avez répondu en partie à la première, à savoir que nous aurons très probablement besoin de vaccinations annuelles contre la COVID-19. Premièrement, quelle est la différence entre l’immunité des muqueuses et l’immunité systémique que nous obtenons par une injection intramusculaire, et pourquoi est-ce important? Et, peut-être qu’après avoir répondu à cette question, cela nous amènera à nous demander ce qui se passerait si ce virus devenait endémique? Certains prétendent que le SRAS-CoV-2 deviendra moins virulent, comme un «rhume». Ou bien le virus continuera-t-il à dévaster les populations comme nous le voyons actuellement?

AL:La principale différence entre l’immunité des muqueuses et l’immunité conférée par les vaccins actuels réside dans les anticorps générés, pour ce qui est de la différence fonctionnelle que nous voulons voir.

Nous voulons voir l’IgA, qui est un anticorps muqueux, un anticorps qui se trouve sur nos surfaces muqueuses. Il sera capable de neutraliser rapidement le SRAS-CoV-2 lorsqu’il se trouve sur nos surfaces muqueuses pour l’empêcher de s’établir. En fin de compte, c’est un très bon objectif à atteindre, car nous serions en mesure de nous attaquer au virus plus rapidement.

L’immunité que nous obtenons en termes d’anticorps grâce à notre vaccination intramusculaire provient des IgG. Et c’est un type d’immunité systémique qui circule dans notre sang. Parfois, elle peut se croiser, comme l’a montré Michal Tal, Ph.D., au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Elle a montré qu’il pouvait y avoir cet hybride qui passe dans la salive et recouvre les surfaces muqueuses pour conférer une certaine protection.

Mais l’objectif que nous recherchons est une bonne quantité d’IgA, une bonne neutralisation des muqueuses, ou au moins une mémoire immunitaire des muqueuses ou des cellules résidentes des muqueuses qui peuvent répondre très rapidement, mais elles ne vont pas répondre aussi rapidement qu’un anticorps.

Et puis votre deuxième question: Que se passe-t-il si nous permettons au SRAS-CoV-2 de devenir endémique, que va-t-il nous arriver et que va-t-il arriver au virus? Si nous laissons le virus devenir endémique – et certains diront qu’il l’est déjà – cela ne signifie pas qu’il va s’atténuer, pas du tout.

Une étude récente a été publiée… Je ne sais plus combien de milliers d’années se sont écoulés. Je pense que c’était il y a 20.000 ans qu’un ancien coronavirus a gravé son empreinte dans notre ADN. Et ce que je veux dire par là, c’est qu’il a sélectionné des traits en nous qui nous permettent de mieux survivre à l’infection. Donc, en fait, il nous a sélectionnés, il a exercé une pression de sélection sur nous. [L’étude a été publiée dans la revue Current Biology en juin 2021. L’ancienne épidémie virale aurait ravagé l’Asie de l’Est il y a 25.000 ans, pendant près de 20.000 ans. Les scientifiques ont trouvé des preuves de l’existence de mutations génétiques dans le génome humain dues à l’interaction avec l’ancien coronavirus].

Le SRAS-CoV-2 est un agent pathogène très virulent, et il s’est aggravé depuis son introduction. Il a muté pour devenir plus sévère et plus agressif, comme Delta. La transmissibilité de Delta a montré qu’il est devenu plus transmissible et plus grave. Il n’est certainement pas vrai que les versions plus transmissibles du SRAS-CoV-2 seront plus bénignes. Ce que nous voyons, ce sont des versions plus agressives, plus transmissibles, qui provoquent des maladies plus graves. Et le virus continue de s’adapter à notre physiologie. Il le fait à un rythme fantastique, car le nombre de virions [forme infectieuse du virus à l’extérieur de la cellule hôte] qu’il produit lorsqu’il est à l’intérieur d’une personne est énorme et il est tellement transmissible. Nous allons voir qu’il va continuer à travailler contre nos systèmes immunitaires, c’est-à-dire qu’il va devenir plus évasif. L’infection va devenir plus chronique.

Un gros problème avec le SRAS-CoV-2 2 est que, dans sa transmissibilité, le site de clivage de la furine lui donne un avantage énorme. Cela lui permet de fusionner avec les cellules et d’être très infectieux dans nos tissus une fois qu’il y est. La zone qui s’étend vers l’extérieur près du site de clivage de la furine possède un site super-antigène qui frappe durement notre système immunitaire. OK. Pour l’instant, notre documentation porte sur le super-antigène et le MIS-C [le syndrome inflammatoire multisystémique de l’enfant est un processus pathologique associé à COVID-19. Il s’accompagne d’une défaillance de plusieurs organes et d’un choc, et qui s’avère fatal dans environ 2 pour cent des cas].

Le MIS-C entraîne l’hospitalisation des enfants parce qu’ils ont de très fortes réactions immunitaires dues au super-antigène qui stimule les lymphocytes T. Donc, cette stimulation super antigénique, elle se produit encore chez les adultes aussi. Et je pense qu’elle est à l’origine de la lymphopénie profonde [faible taux de globules blancs] que l’on observe chez les adultes. Elle est provoquée, j’imagine, par l’hyperactivité des lymphocytes T CD8+.

Le SRAS-CoV-2 perturbe également la formation de la mémoire des lymphocytes B, les cellules qui produisent vos anticorps. J’ai oublié quel membre de la famille des TNF il utilise [la superfamille des facteurs de nécrose tumorale se constitue de protéines de signalisation spéciales qui régulent les diverses fonctions de la réponse immunitaire et de l’inflammation], mais il fait en sorte qu’il y ait beaucoup de développement extra-folliculaire et une réponse des cellules B de qualité inférieure.

Une grande partie de la réponse des cellules B est également une réponse d’auto-anticorps. Et je ne suis pas certain du déterminant qui provoque toute cette formation d’auto-anticorps B, mais du côté des cellules T, je sais qu’il provoque une auto-immunité à partir de ce qu’on appelle une cellule T hyper-activée, ce qu’on n’a jamais vu auparavant.

Ce sont des cellules T qui étaient autrefois des cellules régulatrices T qui expriment Foxp3. Pour une raison quelconque, le SRAS-CoV-2 – et quelqu’un m’a dit que cela est médié par l’IL-6 – mais d’une manière ou d’une autre, le SRAS-CoV-2 a fait en sorte que les cellules T régulatrices qui sont responsables de la prévention de l’auto-immunité deviennent des donneurs de licences auto-immunes et commencent à donner des licences à l’auto-immunité.

[Les cellules régulatrices T sont une sous-population spécialisée de cellules T qui agissent pour supprimer la réponse immunitaire. Elles jouent un rôle essentiel dans la prévention de l'auto-immunité. Foxp3, également connu sous le nom de scurfin, est une protéine qui joue le rôle de régulateur principal dans le développement et la fonction des cellules régulatrices T. Les dysfonctionnements dans le gène de Foxp3 sont dus à la présence d'un certain nombre de facteurs. Des dysfonctionnements dans le gène du foxp3 entraînent un dérèglement du système immunitaire].

Pour que ce virus devienne endémique, nous verrions beaucoup de personnes mutilées avec une auto-immunité. Et avec une mémoire immunitaire, qui n’est pas en mesure de prévenir à nouveau totalement les infections légères et modérées. À mon avis, les dommages pourraient être cumulatifs. Le virus peut également provoquer des lésions vasculaires, comme ce que l’on observe avec le coronavirus félin dans une maladie appelée péritonite infectieuse féline. Elle est mortelle pour les chats, chez qui elle fait que de très petits capillaires deviennent ce que l’on appelle des «vaisseaux filiformes» et se bloquent. En outre, il peut potentiellement «tuer» des parties du système vasculaire, notamment dans le cerveau. [Les vaisseaux filiformessont de minces brins de tissu conjonctif qui étaient des vestiges de capillaires qui ne pouvaient pas transporter le flux sanguin].

Le fait que ce phénomène devienne endémique signifie également que ces mécanismes pathogènes ne disparaîtront pas. Nous avons constaté une diminution de l’espérance de vie à l’encontre de notre médecine moderne. Donc, ce que nous pouvons atténuer avec la médecine moderne sera de s’opposer à ces mécanismes. Cela représentera une charge énorme pour les soins de santé au niveau mondial.

BM:Pour qu’on soit clair, si je devais essayer de résumer ce que vous venez de dire. Lorsque nous parlons de la capacité d’évasion immunitaire du SRAS-CoV-2, nous ne parlons pas seulement du fait de se cacher des anticorps. Nous disons également que le virus provoque une grave dérégulation immunitaire, ce qui signifie que la capacité des cellules B et T à communiquer et à fournir une réponse appropriée est gravement compromise. De plus, ce dérèglement fait que les lymphocytes T, qui n’attaquent pas habituellement le corps humain, risquent de développer un trouble auto-immun chez les personnes infectées par ce virus.

AL:Nous ne pouvons pas dire qu’il s’agit d’un diagnostic clinique de trouble auto-immun, car il s’agirait d’un diagnostic clinique, bien sûr. Mais ce qu’il fait, c’est que les cellules responsables de la répression de l’auto-immunité deviennent la cause de l’auto-immunité, c’est-à-dire les cellules T régulatrices. Et puis, en ce qui concerne les cellules B, il stimule les cellules B à créer des auto-anticorps.

BM:Et cela pose des risques potentiels importants pour la santé dans le futur. Est-ce exact?

AL:Absolument. J’imagine que c’est la raison pour laquelle nous voyons tant de vasculites ou d’inflammations vasculaires.

A suivre

(Article paru d’abord en anglais le 10novembre 2021)

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