En plein conflit avec Trump, Zelensky doit faire face à une crise politique intérieure grandissante

La manifestation de Berlin contre le régime de Zelensky en Ukraine

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est confronté à un avenir politique incertain en Ukraine alors que son gouvernement doit faire face aux conséquences de la rencontre désastreuse de Zelensky avec le président américain Donald Trump et à l’arrêt de l'aide américaine.

Les tensions déjà existantes dans la classe dirigeante ukrainienne s’exacerbent alors que l’impérialisme américain et les puissances impérialistes européennes sont divisés sur la question ukrainienne.

Depuis le coup d’État de 2014 contre le président élu Viktor Ianoukovitch, l’Ukraine est devenue un État client soutenu par les États-Unis et l’OTAN. Avec le financement et les armes de l’OTAN, l’Ukraine mène depuis plus de trois ans une guerre contre la Russie, qui a fait des centaines de milliers de morts.

Aujourd’hui, dans un contexte de lassitude croissante face à la guerre et de mécontentement dans la population ukrainienne, la classe dirigeante du pays craint fortement que Zelensky ne soit devenu un sérieux handicap après le retour de Trump à la présidence américaine.

Lundi dernier, peu après que Donald Trump ait qualifié Zelensky de «dictateur sans élections», le parlement ukrainien a voté une résolution soutenant la légitimité de la présidence de Zelensky malgré l’annulation antidémocratique des élections présidentielles ukrainiennes, prévues au printemps 2024 par la constitution ukrainienne.Ce vote visait à renforcer Zelensky juste avant sa visite à la Maison Blanche le 28 février.

Mais bien que le parti de Zelensky, Serviteur du peuple, détienne une majorité absolue au parlement, la motion n'a pas été adoptée au premier vote, recueillant seulement 218 voix, soit huit de moins que les 226 voix requises.

Plus tard mardi, le projet de résolution a finalement été adopté après que l'ancien président Petro Porochenko a annoncé que lui et son parti Solidarité européenne ne s'opposeraient plus à la motion car elle faisait partie d'une «législation clé en matière de défense et de droit international».

Quelques semaines auparavant, Zelensky avait signé un décret imposant des sanctions à Porochenko pour «haute trahison» et soutien à une organisation criminelle. Selon le service de sécurité intérieure du pays SBU chargé de l’enquête, les sanctions ont été imposées parce que Porochenko représentait «une menace pour la sécurité nationale, l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine» et créait « des obstacles au développement économique durable».

Porochenko a répondu en accusant directement Zelensky d'être la source de ces accusations : «Il y a de nombreux complices dans ce crime: toute l'équipe de Zelensky, le Cabinet ministériel, qui a été obligé de se soumettre à une proposition absurde, les membres de son Conseil national de sécurité et de défense. Mais le client, l'exécuteur et le signataire sont un seul et même homme: Zelensky personnellement.»

Porochenko devint président de l’Ukraine après le coup d’État de 2014 et a longtemps été un rival politique de Zelensky. Lors des élections présidentielles de 2019 qui ont porté Zelensky au pouvoir, Porochenko a été largement battu, bien qu’il ait été le candidat préféré de l’impérialisme américain à l’époque.

Depuis, Porochenko, un oligarque milliardaire, a conservé une présence politique significative tant dans son pays qu'à l'étranger. Au parlement ukrainien, il est à la tête du Parti de la solidarité européenne. Il a souvent rencontré des dirigeants occidentaux, tout en luttant contre une pléthore d'accusations criminelles portées contre lui par le régime de Zelensky.

Les autres personnes sanctionnées par Zelensky étaient Viktor Medvedchuk – un ancien chef de l'opposition pro-russe en Ukraine résidant désormais en Russie – Kostyantyn Zhevago, Hennadiy Boholyubov et l'ancien soutien financier de Zelensky, l’oligarque Igor Kolomoisky.

Les sanctions prévoient le gel de tous les avoirs des personnes visées. Porochenko, Medvedchuk et les autres concernés se voient également interdire toute transaction financière, entre autres restrictions à durer indéfiniment.

Depuis, Porochenko a appelé à «l'unité nationale» et refusé de critiquer son rival politique après la débâcle de la semaine dernière à la Maison Blanche. Il a cependant déclaré qu'il espérait que Zelensky avait un «plan B» après sa brouille avec Trump.

Ces mesures visant les rivaux politiques de Zelensky interviennent au moment même où des discussions sur un retour aux élections en Ukraine ont fait surface ces dernières semaines, certains proposant des élections présidentielles comme partie de tout accord de paix potentiel.

Lors de sa rencontre avec des responsables de Trump à la Conférence de Munich sur la sécurité en février, Zelensky avait tenté de contrecarrer les tentatives d'imposer des élections à l'Ukraine faites par ses soutiens occidentaux.

«Je suis prêt à parler d'élections si vous le souhaitez. Les Ukrainiens n'en veulent pas, ils n'en veulent absolument pas, parce qu'ils ont peur. Sinon, nous perdrons la loi martiale, nos soldats rentreront chez eux et Poutine occupera tout notre territoire», avait déclaré Zelensky.

Plus récemment, Zelensky a proposé de démissionner en échange d'une adhésion à l'OTAN, une démarche catégoriquement rejetée par l'administration Trump, qui cherche à abandonner le rôle des États-Unis dans l'alliance militaire de la Guerre froide et à tracer sa propre voie vers une guerre potentielle avec la Chine.

Alors que Zelensky se tourne vers l'UE pour obtenir du soutien à la suite de sa visite à la Maison Blanche, l'administration Trump a déjà commencé à rencontrer les rivaux de Zelensky dans la classe dirigeante ukrainienne.

Selon Politico, quatre hauts responsables de Trump ont tenu des réunions secrètes à Kiev avec Porochenko, ainsi qu'avec l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko, qui avait en 2014 avait été enregistrée en train de menacer de lâcher des armes nucléaires sur la Russie.

Ces discussions auraient porté sur la question de savoir si l’Ukraine pourrait effectivement organiser des élections anticipées dans le but ultime d’écarter Zelensky du pouvoir.

Comme un expert républicain de politique étrangère en vue l’a confié à Politico, «les amis de Porochenko et Ioulia [Timochenko] parlent tous à l’entourage de Trump, se positionnant comme des gens avec lesquels il serait plus facile de travailler. Et des gens qui consentiraient à beaucoup de choses pour lesquelles Zelensky n’est pas d’accord. »

Bien que le voyage de Zelensky à la Maison Blanche n'ait pas permis de parvenir à un accord sur la cession d'une part énorme des minerais, du pétrole, du gaz et des infrastructures critiques de l'Ukraine à l'impérialisme américain, la bourgeoisie ukrainienne garde l'espoir qu'un accord puisse être trouvé qui préserverait le statut de l'Ukraine en tant qu'État client des États-Unis.

S'adressant au Kyiv Independent, l'ancien Premier ministre Arseniy Yatsenyuk, choisi par l'impérialisme américain pour son rôle après le coup d'État de 2014, a appelé à la signature de l'accord sur les minerais, malgré l'affrontement entre Zelensky et Trump, comme moyen de sauver la classe dirigeante ukrainienne.

«Nous devons élaborer de toute urgence une feuille de route sur la façon de résoudre la situation où nous nous trouvons tous. Ni l’Ukraine ni l’administration Trump n’en ont profité, seulement le criminel de guerre (le président russe Vladimir) Poutine. Il est préférable de signer cet accord (sur les ressources) dès que possible pour montrer que l’Ukraine est prête à tout type d’investissement. Si le président américain a besoin de cet accord pour le « vendre » à sa base MAGA, nous sommes d’accord avec cela. Mais il nous faut de véritables investissements et de coopération économique.»

Les tensions inter-impérialistes entre les puissances européennes et les États-Unis ont également eu un impact sur le retour de ce que le New York Times a appelé dans un article cette semaine les «politiciens pro-russes longtemps boudés». Sans surprise, le journal a omis de mentionner que l’opposition politique pro-russe avait été systématiquement censurée et persécutée sous Zelensky, avec l’aide des États-Unis, avant le début de la guerre proprement dite en 2022.

L'un des personnages évoqués dans l'article est Oleksandr Dubinsky, un parlementaire ukrainien actuellement emprisonné. Pro-Trump, Dubinsky est accusé d'avoir des liens avec la Russie, bien qu'il soit actuellement sous le coup de sanctions américaines et russes.

Après la débâcle de Zelensky à la Maison Blanche, Dubinsky a appelé à une session parlementaire d'urgence sur une destitution de Zelensky sur X.

«Les événements des dernières heures – l’humiliation publique de Zelensky à la Maison Blanche, la reconnaissance par Trump de l’échec diplomatique de Zelensky et la perte par l’Ukraine du soutien inconditionnel des États-Unis – ont marqué l’acte final de l’effondrement du régime. Mais Zelensky n’a pas seulement échoué en politique étrangère – il a mis le pays dans un état où quiconque n’est pas d’accord avec sa politique est confronté à la répression», écrit Dubinsky.

«J’en appelle à tous les députés du Parlement ukrainien: arrêtez de perdre du temps, arrêtez d’attendre! Zelensky a fait faillite. Zelensky n’est pas l’Ukraine! Il est temps de le juger. S’il ne peut pas proposer de véritable issue à la crise, c’est à nous de prendre des décisions fatidiques», a déclaré Dubinsky.

(Article paru en anglais le 7 mars 2025)