Mardi, une coalition de syndicats locaux et d'organisations communautaires de Minneapolis, dans le Minnesota, a appelé à une grève générale d'une journée et à paralyser l’économie à l'échelle de l'État le vendredi 23 janvier, afin de s'opposer aux violences commises par l'agence fédérale ICE (Immigration and Customs Enforcement) de Trump, notamment le meurtre de Renée Nicole Good.
Le Parti de l’égalité socialiste soutient cette action et appelle les travailleurs, les étudiants et les jeunes à y participer le plus largement possible. L'appel à la grève est né de la pression croissante exercée par les travailleurs de tout le Minnesota, indignés par l'occupation paramilitaire de leur ville. Les manifestations se sont multipliées au cours des dix jours qui ont suivi le meurtre brutal de Renée Good qui, selon des reportages récemment publiés, a reçu deux balles dans la poitrine et une dans l'avant-bras alors qu'elle tentait de s'enfuir en voiture pour échapper aux agents de l'ICE.
L'appel à la grève générale peut s'avérer être une avancée importante dans la lutte contre le règne de terreur de l'ICE à Minneapolis. Mais cette action doit être considérée comme le début d'une mobilisation plus large de la classe ouvrière dans la ville, l'État et dans tout le pays contre l'administration Trump.
L'appel à l'action intervient alors que Trump a menacé d'invoquer la Loi sur l'insurrection dans le Minnesota. Il s'agit d'une escalade qualitative dans son complot visant à établir une dictature.
Dans un message publié sur Truth Social, Trump, réagissant aux manifestations qui ont éclaté à la suite du meurtre de Good par l'ICE, a déclaré que si les responsables de l'État ne « mettaient pas fin aux attaques des agitateurs professionnels et des insurrectionnels contre les patriotes de l'ICE », il « instaurerait la LOI SUR L’INSURRECTION [...] et mettrait rapidement fin à la dépravation qui prend place dans cet État autrefois si grand ».
En qualifiant les manifestations et la résistance populaire d'« insurrection », le régime Trump prépare le terrain pour des violences de masse. La Loi sur l'insurrection donne au président le pouvoir de déployer l'armée américaine, passant outre la loi Posse Comitatus. La menace de Trump d'invoquer la Loi sur l'insurrection contre la population du Minnesota – en l'absence de toute demande de l'État et en réponse à des manifestations pacifiques – est manifestement illégale.
La dure réalité de ce qui se passe a été reconnue dans la déclaration extraordinaire faite mercredi soir par le gouverneur démocrate Tim Walz. Il a déclaré que les événements dans l'État « défient tout entendement » et que « les reportages ne rendent tout simplement pas justice au niveau de chaos, de perturbation et de traumatisme que le gouvernement fédéral inflige à nos communautés ».
Walz a déclaré que « deux à trois mille agents armés du gouvernement fédéral » ont été déployés dans tout l'État, faisant du porte-à-porte, « arrêtant les gens sans discernement, y compris des citoyens américains, et exigeant de voir leurs papiers », et « cassant des vitres, traînant des femmes enceintes dans la rue, attrapant simplement des habitants du Minnesota et les poussant dans des fourgons banalisés, kidnappant des innocents sans avertissement et sans procédure régulière ».
Walz a décrit cette opération comme « une campagne de brutalité organisée contre la population du Minnesota par notre propre gouvernement fédéral ». Citant la menace fasciste de Trump selon laquelle « le jour du châtiment et du jugement approche », le gouverneur a déclaré : « Il s'agit d'une menace directe contre la population de cet État. »
Ce que Walz a dit à propos de la situation à Minneapolis est vrai. Mais ce qui manque complètement, c'est une stratégie sérieuse pour arrêter Trump et l'ICE. Walz a parlé de lutter « devant les tribunaux et dans les urnes », mais Trump a déjà clairement indiqué qu'il ignorerait toute décision judiciaire remettant en cause son autorité. De plus, la Cour suprême est dirigée par une bande de fascistes et de réactionnaires qui ont statué, en 2024, que Trump ne pouvait être poursuivi pour des « actes officiels » accomplis en tant que président.
En ce qui concerne les élections, Trump menace de plus en plus ouvertement d'annuler ou d'invalider les élections de mi-mandat de 2026, ou, si elles ont lieu, de les organiser dans des conditions de loi martiale. Dans une interview accordée à Reuters et publiée jeudi, Trump a déclaré qu'il avait accompli tellement de choses que « nous ne devrions même pas avoir d'élections ».
Bloomberg News a rapporté mercredi que l'administration était en train de constituer une base de données nationale des électeurs et exigeait des États qu'ils lui remettent la liste complète des électeurs, y compris leurs numéros de sécurité sociale et leurs adresses personnelles. Une fois cette infrastructure mise en place, des agents de l'ICE pourraient être déployés dans les bureaux de vote pour « vérifier » les électeurs, réduire la participation et intimider les communautés ouvrières et immigrées.
Pour expliquer l'invasion du Venezuela par Washington au début du mois, le secrétaire d'État Marco Rubio a déclaré sans ambages : « Quand [Trump] dit qu'il va faire quelque chose, il le fait. » Cette même logique s'applique désormais aux menaces de Trump d'invoquer la Loi sur l'insurrection, d'annuler les élections et d'imposer la loi martiale.
Il existe une opposition de masse à Minneapolis et au-delà à l'occupation policière et au coup d'État en cours de Trump. Au cours de la semaine qui a suivi le meurtre de Good, des manifestations quotidiennes ont eu lieu, des lycées ont débrayé et de larges couches de la population ont protesté et mené des actes de résistance.
Mais la résistance ne réussira que si elle s'appuie sur la mobilisation active de la classe ouvrière, cette immense force sociale qui produit toute la richesse et détient le pouvoir de paralyser la société. Il faut rejeter le Parti démocrate, qui fait preuve d’inaction et de complicité, et s'orienter vers l'organisation indépendante d'un mouvement de masse des travailleurs.
C'est là toute la signification de la grève appelée le 23 janvier. Le World Socialist Web Site a maintes fois souligné la nécessité d'un mouvement de grève générale en réponse à l'occupation de Minneapolis. Mais une grève générale n'est pas une protestation symbolique ou un boycott venant des consommateurs. Elle signifie l'arrêt complet de la production et de l'activité économique.
Les travailleurs doivent rejeter les menaces proférées par le Conseil métropolitain nommé par le gouverneur, selon lesquelles la participation à une grève est interdite par les lois sur les fonctionnaires et les conventions collectives. L'administration Trump opère ouvertement en dehors des limites de la légalité. La défense des droits démocratiques ne peut être subordonnée à des subtilités contractuelles négociées par l'appareil syndical pour étouffer la lutte des classes.
Et toute la classe ouvrière doit être mobilisée. Si plusieurs syndicats locaux ont apporté leur soutien à la manifestation du 23 janvier, l'AFL-CIO du Minnesota, étroitement liée au Parti démocrate, a jusqu'à présent refusé de le faire. Au lendemain du meurtre de Renée Nicole Good, la fédération syndicale de l'État a publié une déclaration se disant « choquée, bouleversée et en colère », mais n'a appelé à aucune action. Au lieu de cela, elle a invité les travailleurs à faire confiance à une « enquête approfondie » et à des appels aux « élus ».
Dans des commentaires adressés jeudi au WSWS, Bernie Burnham, présidente de l'AFL-CIO du Minnesota, a déclaré qu'elle devait consulter le comité exécutif avant de faire toute déclaration concernant une grève ou le soutien à l'action du 23 janvier.
Le Parti de l’égalité socialiste appelle les travailleurs à s'organiser de manière indépendante en formant des comités de base dans chaque lieu de travail, école et quartier. La lutte des travailleurs ne peut être subordonnée aux opérations du Parti démocrate ou de l'appareil syndical, qui sont hostiles à une véritable lutte contre Trump.
Les travailleurs devraient immédiatement tenir des réunions d'urgence dans chaque usine, école, entrepôt, dépôt et lieu de travail, syndiqués ou non. Lors de ces réunions, les travailleurs devraient élire des représentants pour former des comités de base chargés de coordonner et de diriger la lutte et la défense du peuple.
Des résolutions devraient être adoptées pour approuver une grève illimitée. Ces résolutions doivent énoncer un ensemble concret de revendications, notamment l'arrestation et la poursuite du meurtrier de Renée Nicole Good, le retrait immédiat de toutes les forces de l'ICE, des douanes et de la protection des frontières (CBP) et du département de la Sécurité intérieure (DHS), l'abolition de ces agences paramilitaires qui terrorisent les communautés d'immigrants, et la libération immédiate de tous les détenus placés sous la garde de l'ICE.
Des comités de coordination devraient être créés pour relier ces organisations de la base à travers les industries et les régions, créant ainsi les structures nécessaires à une action commune à grande échelle.
Il existe un précédent puissant pour un tel mouvement dans l'histoire même de la ville. En 1934, Minneapolis a été le théâtre de l'une des grèves générales les plus militantes et les plus importantes de l'histoire américaine, menée par des militants trotskystes et les Teamsters. Les travailleurs ont défié la Citizens Alliance, la Garde nationale et la répression policière. Malgré les fusillades et la loi martiale, ils ont remporté des victoires décisives et jeté les bases du syndicalisme pour l’industrie dans tout le pays.
Aujourd'hui, la situation est encore plus urgente. Les travailleurs sont confrontés non seulement à la répression des associations patronales et de la Garde nationale, mais aussi à un président fasciste, aux forces paramilitaires de l'État et à une escalade de la guerre à l'étranger et sur le territoire national.
Le Minnesota n'est pas, comme l'a affirmé Walz dans ses remarques mercredi, une « île ». Ce qui se passe à Minneapolis est le fer de lance d'une conspiration plus large visant à imposer la dictature. Trump parle et agit comme l'instrument politique de l'oligarchie capitaliste, qui se débarrasse des formes démocratiques de gouvernement. Le Parti démocrate, parti de Wall Street et de l'appareil militaire et du renseignement, est hostile à tout mouvement authentique contre ce danger.
Le mouvement de grève qui émerge actuellement à Minneapolis doit s'étendre à l'ensemble du pays et à l'échelle internationale. L'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC) a été créée pour fournir la structure et la direction nécessaires à une telle contre-offensive mondiale. Elle lutte pour relier l'opposition au fascisme et à la dictature à la lutte de la classe ouvrière contre la guerre, les suppressions d'emplois, l'inflation et la misère sociale.
Le Parti de l'égalité socialiste exhorte tous les travailleurs à engager une discussion sérieuse sur ce qu'il faut faire dans chaque lieu de travail. La situation est urgente. La voie à suivre ne passe pas par des recours devant les tribunaux ou les prochaines élections, mais par la mobilisation politique des travailleurs de manière indépendante.
