Canada : Le NPD va choisir son nouveau chef un an après sa débâcle aux élections

L'ancien chef du NPD, Jagmeet Singh, en compagnie de Justin Trudeau. Depuis 2019, le NPD soutient le gouvernement libéral minoritaire au Parlement, d'abord sous Trudeau, puis sous Carney. [Photo: You Tube]

Le NPD, parti social-démocrate du Canada, annoncera dimanche les résultats d'un vote de trois semaines auprès de ses membres afin de déterminer son prochain chef fédéral. Ce scrutin s'inscrit dans le contexte de la crise existentielle que traverse le NPD après les élections fédérales de l'an dernier, où il n'a obtenu que 6,3 % des voix et seulement 7 des 343 sièges à la Chambre des communes : son pire résultat historique.

La bureaucratie syndicale et les médias bourgeois ont tenté d'expliquer l'effondrement du NPD et la polarisation de l'électorat derrière les libéraux et les conservateurs en pointant du doigt l'impact des menaces d'annexion et des mesures de guerre commerciale de Trump.

Le retour à la Maison-Blanche du fasciste aspirant dictateur a sans aucun doute bouleversé la donne électorale, à commencer par la démission forcée de Justin Trudeau de son poste de premier ministre. Mais la déroute électorale du NPD et sa perte d’appuis au profit des deux partis traditionnels de la classe dirigeante sont avant tout le résultat du rôle joué par les sociaux-démocrates et leurs alliés au sein de la bureaucratie syndicale pour étouffer la lutte des classes, alors que le capitalisme mondial était secoué par une crise systémique.

Pendant six ans, à partir de 2019, le NPD, avec le soutien et à la demande des syndicats, a soutenu les gouvernements minoritaires successifs de Justin Trudeau, qui ont mis en œuvre des politiques d'austérité capitaliste, de réarmement et de guerre. Parallèlement, les syndicats ont fait dérailler la plus importante vague de grèves depuis des décennies. Alors que les travailleurs cherchaient à lancer une contre-offensive contre la flambée des prix et l'intensification de l'exploitation, les syndicats ont systématiquement isolé leurs luttes, imposé des reculs contractuels et appliqué les lois et décrets anti-grève du gouvernement.

Onze mois après les élections fédérales du 28 avril 2025, et alors que le gouvernement libéral, remanié sous l'égide de l'ancien banquier central Mark Carney, a opéré un virage à droite marqué, le soutien au NPD demeure tiède. La plupart des sondages indiquent que sa popularité se situe autour de 10 %. En quête de meilleures perspectives, des députés néo-démocrates continuent de rejoindre les libéraux. Parmi eux, on compte Lori Idlout, députée du Nunavut, qui a rallié les libéraux de Carney au début du mois, et Doly Begum, qui a démissionné le mois dernier de son poste de chef adjointe du NPD de l'Ontario et de députée provinciale de la région de Toronto afin de se présenter comme candidate libérale à une élection partielle fédérale à venir.

Néanmoins, au sein de la bureaucratie syndicale et de la pseudo-gauche des classes moyennes, nombreux sont ceux qui souhaitent redonner de l'éclat et revitaliser ce parti social-démocrate de droite, aujourd'hui anémique. Ceci s'explique par leur crainte que l'opposition de masse qui ne tardera pas à émerger contre le gouvernement libéral de Carney – son soutien aux guerres impérialistes contre l'Iran et la Russie, le détournement des ressources de la société vers la préparation d'une guerre mondiale et l'atteinte aux droits sociaux et démocratiques des travailleurs – échappe à leur emprise politique paralysante.

Cinq candidats briguent la succession de Jagmeet Singh à la tête du NPD fédéral. Seuls trois d'entre eux – la députée d'Edmonton Heather McPherson, le président de l'ILWU Canada Rob Ashton et le cinéaste, journaliste et universitaire Avi Lewis – ont une chance de l'emporter.

Le journaliste radical et militant anti-guerre Yves Engler, candidat du Caucus socialiste pabliste, a également rempli toutes les conditions requises pour se présenter à la course à la direction, y compris le versement de 100 000 $. Cependant, un comité de sélection anonyme du NPD, composé de trois membres, l'a arbitrairement exclu de la course en raison de son opposition au soutien inconditionnel du NPD à la guerre en Ukraine déclenchée par l'OTAN et de ses condamnations véhémentes du génocide à Gaza.

McPherson, seule députée en lice, est largement considérée comme la candidate favorite de l'appareil du NPD. Ashton a reçu l'appui de plusieurs hauts responsables syndicaux, dont Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada, et Marty Warren, directeur canadien du syndicat des Métallos.

La tentative d'Avi Lewis de repositionner le NPD comme un opposant à la « classe des milliardaires »

Avec l'exclusion d'Engler de la course, Lewis se présente comme le candidat de « gauche ». Il soutient que le NPD doit être « plus audacieux » et proposer un « programme plus clair », et désigne les « méchants de notre économie : la classe des milliardaires ».

Lewis cite la campagne victorieuse de Zohran Mamdani à la mairie de New York, un « socialiste démocrate » issu du Parti démocrate, l'un des deux partis de l'impérialisme américain, comme source d'inspiration et modèle. Il préconise la création de nouvelles sociétés d'État et une augmentation des dépenses sociales pour compenser les « défaillances du marché » et découpler le capitalisme canadien de l'économie américaine. Les propositions politiques spécifiques comprennent : un « impôt sur la fortune » sur le 1 % le plus riche et une « option publique » pour concurrencer le secteur privé dans les domaines de l'alimentation, des services bancaires aux particuliers et des télécommunications (forfaits de téléphonie mobile et d'internet).

Avi Lewis, candidat à la direction du NPD [Photo: Avi Lewis/X]

Avi Lewis entretient des liens étroits avec la pseudo-gauche internationale et la social-démocratie canadienne. Époux de l'écrivaine Naomi Klein, il a réalisé en 2019 un film sur le Green New Deal avec Alexandra Ocasio-Cortez, députée démocrate et, comme Mamdani, figure de proue des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA). Son père, Stephen Lewis, a dirigé le NPD de l'Ontario, et son grand-père, David Lewis, a été chef du parti au niveau fédéral dans les années 1970, notamment durant les deux années où les sociaux-démocrates ont soutenu un gouvernement libéral minoritaire dirigé par Pierre-Elliott Trudeau. Auparavant, en tant que secrétaire fédéral du CCF, précurseur du NPD, David Lewis a joué un rôle déterminant durant la Guerre froide dans la purge visant les sympathisants du Parti communiste stalinien et d'autres travailleurs révolutionnaires au sein des syndicats.

Avi Lewis a adopté cet héritage politique réactionnaire, le qualifiant d’« héritage de la lutte ».

Les informations sur les donateurs de campagne fournies par le NPD indiquent que Lewis a amassé beaucoup plus de fonds que ses adversaires et auprès d’un plus grand nombre de donateurs. La presse en a déduit qu’il disposait d’un avantage certain à l’approche du scrutin.

Le NPD, le gouvernement libéral et « Équipe Canada »

Quels que soient leurs désaccords tactiques, tous les candidats à la direction du NPD sont de fervents défenseurs du capitalisme canadien et de son État, et des opposants farouches à la lutte des classes. Ils sont déterminés à contenir et à neutraliser l’opposition sociale en l’enchaînant aux syndicats pro-employeurs, aux pressions sur l’élite patronale et à la politique parlementaire et électorale.

Aucun n’a renié le rôle du NPD dans le soutien apporté au gouvernement libéral minoritaire de Trudeau, rôle qui s’est poursuivi sous Carney, comme lors du vote du budget en novembre dernier.

Tous soutiennent « Équipe Canada », le « front national » dirigé par le gouvernement fédéral, appuyé par les syndicats et le NPD, qui s’oppose aux tarifs douaniers et aux menaces de Trump. Équipe Canada sert à la fois à dresser les travailleurs canadiens dans une guerre commerciale contre leurs compatriotes américains et d’outre-mer et à fournir, derrière un déploiement de nationalisme canadien toxique, une couverture politique à la classe dirigeante pour pousser la politique vers la droite. Les appels de Carney, appuyés par les syndicats et le NPD, à renforcer la « souveraineté » et la « résilience » économique du Canada se traduisent invariablement par un vaste réarmement, des mesures visant à renforcer la base militaro-industrielle du Canada et des coupes drastiques dans les services publics et les emplois fédéraux.

Lewis a cherché à faire appel au sentiment anti-guerre, condamnant l’attaque criminelle et non provoquée menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ainsi que le génocide et le nettoyage ethnique perpétrés par Israël à Gaza et en Cisjordanie. Mais il soutient la guerre contre la Russie en Ukraine, l’armement de l’Ukraine par le Canada et la collaboration d’Ottawa avec les puissances impérialistes européennes pour empêcher tout « accord de paix » entre le président russe Vladimir Poutine et Trump qui serait conclu au détriment des intérêts prédateurs des autres puissances de l’OTAN. À l’instar du NPD dans son ensemble, Lewis a salué le discours de Carney au Forum économique mondial de Davos en janvier, dans lequel ce dernier préconisait une alliance entre le Canada et d’autres puissances impérialistes de second rang afin de s’assurer une place à la table des négociations dans la course impérialiste au partage du monde par la guerre commerciale, l’agression et la guerre mondiale.

Heather McPherson et Rob Ashton

Lors de son élection comme députée néo-démocrate en 2019, McPherson a proposé de se joindre au cabinet du gouvernement libéral, récemment réduit à un gouvernement minoritaire, afin d’y assurer une « représentation » de l’Ouest et de l’Alberta. Après les élections d'août 2021, elle a été nommée porte-parole du NPD en matière d'affaires étrangères et est rapidement devenue l'une des plus ferventes partisanes de la guerre en Ukraine, s'alliant fréquemment avec le Congrès des Ukrainiens canadiens, un groupe d'extrême droite financé par l'État canadien, pour exiger du gouvernement libéral une position encore plus belliqueuse.

McPherson se vante d'être une néo-démocrate « rassembleuse ». Autrement dit, elle souhaite se positionner au « centre » tel que défini par les médias bourgeois, séduire les libéraux mécontents et rejeter comme la peste toute proposition politique allant au-delà des réformes les plus minimales. Avec des soutiens de premier plan comme l'ancienne ministre néo-démocrate de l'Alberta, Shannon Phillips, elle a accusé Lewis d'être « clivant ». Ils ont notamment critiqué sa politique sur les changements climatiques, qui limiterait l'expansion de l'industrie pétrolière albertaine.

Ashton, qui s'est fait connaître sur la scène nationale pour son rôle dans le sabotage de la grève et de la lutte de 2023 des 7 400 débardeurs de la Colombie-Britannique, a lui aussi attaqué Lewis de la droite.

Des travailleurs manifestent lors de la grève des débardeurs de la côte ouest en juillet 2023. La grève a été isolée et sabotée par l'ILWU Canada, dirigée par Ashton, l'ILWU International (basée aux États-Unis) et le Congrès du travail du Canada, alors qu’elle confrontait une vaste campagne menée par l'ensemble des entreprises canadiennes, les gouvernements Trudeau et néo-démocrate de la Colombie-Britannique, ainsi que l'administration Biden, pour la briser. [Photo: ILWU Canada/Facebook]

Certains groupes de la pseudo-gauche ont néanmoins tenté de présenter le président de l'ILWU comme un authentique leader ouvrier. En réalité, il n'est rien de plus qu'un bureaucrate nationaliste de droite typique.

Au nom du « pouvoir ouvrier », il préconise l'intégration de bureaucrates syndicaux aux conseils d'administration des entreprises capitalistes, à l'instar du système allemand de « cogestion », afin de stimuler la compétitivité des entreprises et de défendre les emplois « canadiens ».

« Les travailleurs ont besoin d'une véritable représentation au sein des conseils d'administration, et pas seulement à la table des négociations », a déclaré Ashton à Jacobin, un média proche des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA). « Nous pouvons modifier la réglementation pour que les entreprises et les travailleurs canadiens en bénéficient. Les navires circulant sur les voies navigables canadiennes devraient être construits dans des chantiers navals canadiens, les maisons et les hôpitaux devraient utiliser des matériaux canadiens, et les mines devraient acheter de l'équipement fabriqué au Canada. Si nous reconstruisons nos industries en donnant la parole aux travailleurs, nous créerons des emplois de qualité et durables, et une économie bâtie par les travailleurs, pour les travailleurs. »

Ashton soutient pleinement les plans du gouvernement libéral de Carney visant à développer massivement la base militaro-industrielle du Canada. « Nous devons nous assurer d'avoir la capacité de protéger notre souveraineté. Cela signifie développer une capacité de défense sous contrôle canadien qui ne dépende pas de la technologie américaine [...] Et cela signifie investir non seulement dans l'équipement, mais aussi dans les femmes et les hommes des Forces armées canadiennes qui accomplissent le travail et en assument les risques. »

La promotion par Ashton du protectionnisme, du militarisme, du nationalisme canadien et des prétendus intérêts communs des travailleurs canadiens et de leurs exploiteurs capitalistes est parfaitement cohérente avec le rôle odieux qu'il a joué dans la grève des ports de la Colombie-Britannique en 2023. La grève a rapidement dégénéré en confrontation avec le syndicat, le gouvernement libéral de Trudeau, soutenu par le NPD, et l'ensemble du monde des affaires canadien. Mais Ashton, en étroite collaboration avec le Congrès du travail du Canada, a tout fait pour l'isoler et la confiner au système de négociation collective pro-patronal. Bien que les débardeurs de la côte ouest américaine, également membres de l'ILWU, travaillaient eux aussi sans convention collective, souvent pour les mêmes géants du transport maritime que leurs collègues canadiens en grève, Ashton et la direction internationale basée aux États-Unis ont veillé à ce que les deux luttes restent absolument séparées.

Avi Lewis et la pseudo-gauche

Avi Lewis a répondu aux critiques de la droite en insistant sur le fait que ses divergences avec les autres candidats sont minimes, qu'il défend l'unité du parti et qu'il est désireux de collaborer avec les gouvernements provinciaux néo-démocrates de Colombie-Britannique et du Manitoba, qui appliquent des mesures d'austérité. Ces deux gouvernements provinciaux soutiennent activement le réarmement d'Ottawa et sont des alliés proches du gouvernement fédéral libéral.

Lewis a justifié leurs politiques bellicistes et anti-ouvrières en affirmant que la dynamique politique les oblige à s'allier avec les franges pro-libérales de l'establishment politique et patronal afin d'empêcher l'arrivée au pouvoir de représentants du capital encore plus réactionnaires. C’est précisément cet argument que le NPD fédéral et les syndicats invoquent depuis des années pour justifier leur soutien aux gouvernements fédéraux et libéraux de droite de l’Ontario, ainsi qu’à l’alliance corporatiste et anti-ouvrière entre syndicats, NPD et libéraux dans son ensemble.

« Dans la realpolitik des provinces de l’Ouest, notamment en Colombie-Britannique, en Alberta et en Saskatchewan », a déclaré Lewis à Jacobin, « ils combattent de véritables forces d’extrême droite – des cultures politiques proches de MAGA. Ils sont en première ligne face à l’extrême droite. Nous les soutenons, nous les aimons et nous voulons qu’ils soient au gouvernement. »

En réalité, c’est la subordination politique de la classe ouvrière aux partis pro-guerre et pro-austérité de la soi-disant aile « progressiste » de l’establishment capitaliste qui a permis aux démagogues d’extrême droite, du chef du Parti conservateur Pierre Poilievre et de Trump à Marine Le Pen en France, de lancer un appel social trompeur aux travailleurs qui peinent à subvenir à leurs besoins.

Une grande partie de la pseudo-gauche, y compris le groupe pabliste International Viewpoint, soutient la candidature de Lewis, tout comme elle a mené d'autres manœuvres visant à canaliser le sentiment anticapitaliste croissant chez les travailleurs et les jeunes afin de faire pression sur les faux partis de « gauche » de l'establishment capitaliste et de les réformer. Qu'il s'agisse des « insurrections » menées par Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne ou par Sanders et Mamdani aux États-Unis, toutes ces tentatives se sont soldées par un échec. Au nom de la préservation de l'unité du Parti travailliste, Corbyn a reculé à chaque étape face à l'aile droite blairiste, allant jusqu'à persécuter ses propres partisans, ouvrant ainsi la voie à un gouvernement travailliste dirigé par Keir Starmer dont les politiques sont indiscernables de celles de son prédécesseur conservateur. Après avoir fustigé la « classe des milliardaires », Sanders a rallié à trois reprises les travailleurs et les jeunes derrière les candidats de droite du Parti démocrate : Hillary Clinton en 2016, Joe Biden en 2020 et Kamala Harris en 2024. Depuis son élection en novembre dernier, Mamdani a opéré un virage à droite, abandonnant promesse après promesse et reniant Trump à deux reprises, avec lequel il a désormais formé une « alliance ».

Le NPD est un instrument politique au service de la bureaucratie syndicale et d'autres couches petites-bourgeoises entièrement soumises au capitalisme canadien et à son État. Il sert de mécanisme de répression politique de la classe ouvrière. Il ne peut se transformer en instrument de lutte contre la guerre impérialiste et l'austérité capitaliste, et encore moins en un moyen pour les travailleurs de lutter pour le socialisme. Au contraire, les travailleurs ne pourront mener de tels combats qu'en rompant définitivement avec la social-démocratie et les appareils syndicaux pro-capitalistes derrière elle.

Cela exige la création de nouvelles organisations de lutte de classe, des comités de base qui refusent de subordonner les intérêts des travailleurs aux impératifs géopolitiques et de profit de l'impérialisme canadien. L'une des principales tâches de ces comités sera de lutter pour fusionner les luttes des travailleurs canadiens avec le soulèvement de la classe ouvrière aux États-Unis contre Trump, sa dictature et la guerre en Iran. Surtout, la lutte contre la guerre, l'oligarchie et la menace du fascisme et de la dictature exige la construction d'un parti révolutionnaire de masse de la classe ouvrière afin d'insuffler à ses luttes un programme et une stratégie socialistes et internationalistes. Ce parti, c'est le Parti de l'égalité socialiste.

(Article paru en anglais le 27 mars 2026)

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