Des centaines de milliers de personnes manifestent à Londres contre l’extrême droite pour se faire dire de voter travailliste

Des centaines de milliers de personnes (les organisateurs en annonçaient un demi-million, la police, de façon absurde, 50 000) ont défilé samedi à Londres contre l’extrême droite.

Les manifestants écoutent les orateurs lors du rassemblement de la Together Alliance à Whitehall, à Londres, le 28 mars 2026.

Des membres du Parti de l’égalité socialiste (PES) ont distribué des milliers d’exemplaires du tract « Combattre l’extrême droite, c’est arrêter la guerre contre Iran ! » et vendu de la documentation, notamment Fascism: What it is and how to fight it de Léon Trotsky, La logique du sionisme : du mythe nationaliste au génocide de Gaza de David North, la brochure du PES Corbyn’s new left party: What it is and what it isn’t, et Les fondements historiques et internationaux du PES (Royaume-Uni).

L’ampleur de la marche, avec des participants venus de tout le Royaume-Uni, a démontré la force de l’opposition à l’extrême droite, s’inscrivant dans un mouvement de fond manifesté de l’autre côté de l’Atlantique par les manifestations « No Kings » aux États-Unis le même jour.

Des millions de travailleurs et d'étudiants s'opposent farouchement au parti Reform UK de Nigel Farage, toujours en tête des sondages avec 25 %, à son parti conservateur usurpé (15 %) et au fasciste Tommy Robinson, l’organisateur de violentes manifestations à Londres.

Ils sont également dégoutés par le Parti travailliste au pouvoir, qu'ils savent être responsable d'alimenter la montée de l'extrême droite par sa politique anti-migrants – ces derniers étant faits les boucs émissaires de l'appauvrissement continu de la classe ouvrière – et son alliance avec Donald Trump dans les guerres contre l'Iran et l'Ukraine, ainsi que son soutien au génocide à Gaza.

Pourtant, cette opposition anti-travailliste n'a pas trouvé d'écho dans les présentations. Bien au contraire. La montée de Reform UK a été exploitée par les organisateurs de Together Alliance pour lancer une campagne de mobilisation des électeurs pour le Parti travailliste, avec le soutien du Parti vert au besoin.

Après que les organisateurs du rassemblement ont orienté les manifestants vers un site web permettant de s'inscrire sur les listes électorales, Kevin Courtney, président de Together Alliance et ancien secrétaire général du Syndicat national de l'éducation (NEU), a conclu son discours d'ouverture ainsi :

« Nous souhaitons que vous nous aidiez à inscrire des électeurs. Together Alliance est apolitique, c'est d'ailleurs ce qui fait sa force ; nous ne vous dirons donc pas pour qui voter. Nous ne vous dirons même pas contre qui voter. »

Kevin Courtney s'exprimant lors du rassemblement de Together Alliance

« Mais nous tenons à le dire : nous voulons que vous vous inscriviez sur les listes électorales. Nous voulons que vous incitiez vos amis à s'inscrire. Nous voulons que vous exerciez votre droit de vote comme bon vous semble, mais nous voulons que vous votiez pour l'amour, l'espoir et l'unité, et contre la haine et la division. »

Le fait que cela impliquait de voter pour le Parti travailliste a été clairement indiqué par les quatre représentants travaillistes invités à prendre la parole. Le maire de Londres, Sadiq Khan, allié du premier ministre Keir Starmer, a saisi l'occasion pour se mettre en avant, mais n'a pas daigné y assister lui-même, préférant envoyer un poème d'un tiers.

Diane Abbott, ministre de l'Intérieur du cabinet fantôme sous la direction travailliste de Jeremy Corbyn, a profité de l'occasion pour plaider : « Nous sommes ici pour dire aux politiciens de tous les partis qu'il ne faut pas essayer de copier le Reform, mais plutôt le contester. »

Apsana Begum et Dawn Butler, deux autres députées travaillistes, n'ont même pas atteint ce niveau d'éloquence, Butler se contentant de demander à la foule de répéter après elle, à deux reprises : « Amour ! Unité ! Espoir ! » Rien de plus dégoutant, venant d'un membre d'un parti qui a soutenu un génocide, arrêté des milliers de personnes pour avoir protesté contre celui-ci, réduit drastiquement les droits des migrants et appuyé une nouvelle guerre illégale au Moyen-Orient.

En faisant la promotion du Parti travailliste, Together incite les travailleurs à « vaincre la droite » en votant pour la principale source du problème actuel.

Deux méthodes ont été utilisées pour masquer les implications. La première consistait à noyer les enjeux politiques sous un flot de déclarations d'« amour », d'« unité » et d'« espoir ». À un moment donné, un sermon a même été prononcé par un pasteur citant la Bible. La seconde consistait à brandir, une fois de plus, la perspective de pousser le Parti travailliste à tenir ses prétendues promesses.

Paul Nowak, président du Trades Union Congress (TUC), a déclaré à la foule : « Nous sommes ici parce que nous rejetons la politique de la haine, mais nous devons aussi rejeter la politique du statu quo [...] Nous devons nous assurer que le gouvernement et les politiciens de tous bords commencent à mettre en œuvre le changement pour lequel le peuple britannique a voté en juillet 2024. »

Intervention de Paul Nowak lors du rassemblement de Together Alliance

Nowak était l'un des six dirigeants syndicaux à prendre la parole lors de cet événement. Leur rôle consistait à évoquer les questions de classe, en faisant allusion à la crise sociale au Royaume-Uni et en évoquant des « luttes » contre celle-ci, sans toutefois proposer la moindre solution.

En réalité, la bureaucratie syndicale a saboté la lutte de classe avec un tel acharnement que, pour reprendre les mots d'Eddie Dempsey, secrétaire général du syndicat des transports ferroviaires, maritimes et routiers (RMT) : « Pendant 40 ans, dans ce pays, nous avons vu le niveau de vie de la population se dégrader, nos industries délocalisées et nos services publics privatisés. »

Together est le dernier moyen en date de dissimuler la politique de collaboration de classe menée par la bureaucratie syndicale. On se souvient de l'Assemblée du Peuple, qui remplissait la même fonction durant les premières années d'austérité, et de la campagne « Ça suffit ! » qui a transformé la récente vague de grèves en une campagne pour faire accéder le Parti travailliste au pouvoir. Aujourd'hui, Together vise à « empêcher Reform d'arriver au pouvoir ».

Andrea Egan, secrétaire générale d'UNISON, la dernière en date à être présentée comme une dirigeante syndicale de « gauche », a simplement conseillé : « Si ce gouvernement travailliste veut vaincre Reform et Farage, la solution n'est pas de les imiter. »

Fait significatif, le chef de Your Party, Jeremy Corbyn, et Zarah Sultana, membre de son comité de direction, étaient présents à la marche, mais n'ont apparemment pas été invités à prendre la parole.

On ne peut y voir qu'un affront de la part de la bureaucratie syndicale qui a tiré les ficelles et qui n'a pas pardonné leur rupture avec le Parti travailliste – aussi peu enthousiaste fût-elle de la part de Corbyn. Les Verts sont considérés comme un allié indispensable pour les travaillistes, car le soutien important dont ils bénéficient actuellement pourrait nécessiter des accords sur un vote stratégique, voire une coalition à l'avenir.

Le chef des Verts, Zack Polanski, était ravi d'apparaître dans ces conditions, se contentant d'un tour de victoire de quatre minutes. Soulignant l'exclusion quasi totale des questions politiques, il a été le seul à mentionner, brièvement, la guerre illégale contre l'Iran. Mais il l'a fait essentiellement pour disculper le Parti travailliste.

« Les Britanniques, a-t-il déclaré, ont compris la véritable nature du Reform. Ils nous auraient entraînés dans cette guerre illégale et impopulaire. » Comme si le gouvernement Starmer ne l'avait pas fait !

Le Parti de l'égalité socialiste a placé la guerre en Iran, et la complicité du Parti travailliste, au cœur de la lutte contre l'extrême droite. Notre déclaration affirmait qu'« on ne peut la combattre en dehors d'une lutte contre la guerre impérialiste et pour la défense des droits démocratiques et sociaux de la classe ouvrière ».

Nous insistions : « Un mouvement doit être construit dans la classe ouvrière, en opposition totale au Parti travailliste, fondé non pas sur des déclarations abstraites d’antiracisme et d’opposition à l’extrême droite, mais sur des luttes concrètes contre leurs sources : la guerre, l’inégalité, l’autoritarisme et le système capitaliste qui les sous-tend tous. »

L'alliance Together est avant tout un prétexte pour rejeter cette lutte nécessaire urgente en la qualifiant de « clivante ».

(Article paru en anglais le 29 mars 2026)

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