L’Inde secouée par les chocs économiques provoqués par la guerre criminelle menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran

L’Inde est secouée par les répercussions économiques de la guerre criminelle que l’impérialisme américain et Israël, son chien d’attaque au Moyen-Orient, mènent depuis un mois contre l’Iran.

L’impact économique de la guerre est déjà grave. Dans un discours prononcé devant le Parlement la semaine dernière, le Premier ministre Narendra Modi l’a comparé à la pandémie de COVID-19, qui, à son apogée, a provoqué une contraction de 24 % de l’économie indienne et causé la mort de plus de 5 millions de personnes au total.

L’impact le plus immédiat de la guerre se fait sentir sur l’approvisionnement en GPL (gaz de pétrole liquéfié) de l’Inde. Les bouteilles de GPL, contenant du butane et du propane, sont utilisées pour la cuisine quotidienne, tant à la maison que dans les restaurants. Les perturbations de l’approvisionnement entraînent de fortes hausses de prix et contraignent les vendeurs de rue et les restaurants à réduire leurs horaires, à limiter leurs menus et, dans de nombreux cas, à fermer complètement, réduisant ainsi les revenus de dizaines de millions de foyers.

Indiens faisant la queue pour recharger leur bouteille de GPL [Photo: Muhammad Noman/X @Mnoman1984Noman ]

Les répercussions de la guerre risquent toutefois de dépasser rapidement le cadre du GPL et de se répercuter sur l’ensemble de l’économie, entraînant une hausse de l’inflation, notamment du coût des denrées alimentaires et des transports.

L’Inde dépend massivement de ses importations de pétrole, dont la moitié sinon plus, soit environ 2,5 millions de barils par jour, proviennent d’Irak, d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Koweït. À ce jour, la flambée des cours mondiaux du pétrole due à la guerre ne s’est pas traduite par des hausses importantes des prix du diesel et de l’essence à la pompe, grâce à l’intervention du gouvernement, qui a introduit notamment une réduction de ses droits d’accise. Mais si la guerre devait se poursuivre dans les semaines et les mois à venir – et tout porte à croire que ce sera le cas –, le gouvernement du BJP, qui mène depuis des années une politique d’austérité, s’empressera de faire porter tout le poids des hausses de prix et des dettes temporaires qu’il a contractées pour en amortir l’impact sur les épaules des travailleurs et des ouvriers indiens.

L’Inde est le plus grand importateur d’engrais azotés de la région du golfe Persique, qui représente 45 % ou plus des exportations mondiales d’urée et 30 % des exportations mondiales d’ammoniac, un composant essentiel de l’urée et d’autres engrais azotés. Au moins 75 % des importations indiennes d’urée et 80 % de ses importations d’ammoniac proviennent généralement des États du Golfe.

Cette pénurie d’engrais va entraîner une hausse des coûts des intrants agricoles et une baisse des rendements, ce qui va réduire les revenus des agriculteurs et faire grimper les prix des denrées alimentaires – et ce, dans un pays où des centaines de millions de personnes souffrent déjà de la faim et de l’insécurité alimentaire.

La complicité de l’Inde dans l’attaque criminelle contre l’Iran

Alors que les travailleurs et les couches opprimées en Inde paient un prix de plus en plus lourd pour l’attaque illégale et non provoquée des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, le gouvernement indien du BJP, partisan de la suprématie hindoue, et la classe dirigeante indienne dans son ensemble ont clairement fait savoir qu’ils se rangeaient du côté de Washington et de Tel-Aviv.

À la veille de la guerre, alors qu’il était évident pour tous qu’une attaque américano-israélienne était imminente, Modi a effectué une visite de deux jours en Israël pour manifester sa solidarité avec le régime d’extrême droite de Netanyahou et son offensive génocidaire contre les Palestiniens de Gaza, et pour annoncer le renforcement des relations indo-israéliennes avec un « Partenariat stratégique pour la paix, l’innovation et la prospérité ».

New Delhi reste ostensiblement silencieuse sur tous les crimes de guerre commis par les États-Unis et Israël – à commencer par le déclenchement d’une guerre d’agression non provoquée, le « crime de guerre international suprême » selon le jugement de Nuremberg de 1946, pour lequel les dirigeants nazis ont été pendus.

Bien que Téhéran soit ostensiblement un allié de l’Inde, Modi et le gouvernement du BJP n’ont pas condamné les frappes de décapitation par lesquelles les États-Unis et Israël ont lancé leur guerre, tuant des dirigeants iraniens de haut rang, dont l’ayatollah Khamenei, qui, en plus d’être le chef de l’État iranien, était un chef religieux vénéré par des millions de musulmans chiites. L’Inde n’a pas non plus émis la moindre protestation contre le torpillage de l’IRIS Dena, au cours duquel plus de 150 marins iraniens rentrant d’un exercice naval organisé par l’Inde ont été tués. Ce navire sans défense a été coulé par un sous-marin nucléaire américain au large des côtes du Sri Lanka, à plus de 1 600 km des côtes iraniennes.

New Delhi a toutefois condamné à plusieurs reprises les mesures prises par l’Iran pour se défendre. Le gouvernement du BJP s’est joint aux puissances impérialistes pour dénoncer Téhéran d’avoir effectivement fermé le détroit d’Ormuz et lancé des frappes de représailles contre les États du Golfe qui abritent des bases militaires américaines utilisées pour menacer et attaquer l’Iran.

Lundi 23 mars, Modi s’est exprimé pour la première fois au Parlement au sujet de la guerre contre l’Iran et du désastre économique imminent qu’elle représente pour l’Inde. Il a qualifié la situation en Asie occidentale de « profondément préoccupante » et a exhorté le « pays » et tous les membres du Parlement à se rallier derrière le gouvernement Modi afin qu’il puisse s’exprimer d’une « voix unie et unanime sur la question ».

Dans son discours, le Premier ministre indien s’en est pris une nouvelle fois à l’Iran, qui est le pays victime d’agressions et, tout comme l’Inde, historiquement opprimé. Dans des propos clairement dirigés contre Téhéran, il a déploré la perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, sans dire un mot de l’attaque non provoquée lancée par les États-Unis et Israël sous le couvert de négociations, ni des bombardements criminels qui se poursuivent contre l’Iran. L’Inde, a-t-il déclaré, « s’oppose aux attaques contre les civils, les infrastructures énergétiques et celles liées aux transports. Les attaques contre les navires commerciaux et l’obstruction des voies navigables internationales comme le détroit d’Ormuz sont inacceptables ».

Même le Parti du Congrès, parti de la grande entreprise et chef de file de l’alliance d’opposition INDIA, s’est senti obligé de souligner que Modi n’avait pas prononcé « un seul mot » pour « condamner les frappes aériennes américaines et israéliennes qui se poursuivent contre l’Iran […] dans le but de provoquer un changement de régime et l’effondrement de l’État ». Le Parti du Congrès a forgé et soutient fermement le « partenariat stratégique mondial » réactionnaire et anti-chinois de l’Inde avec l’impérialisme américain. Pourtant, il craint que la guerre et ses répercussions économiques ne déstabilisent davantage la région et n’alimentent l’opposition, surtout au sein de la classe ouvrière indienne, parmi laquelle existe un sentiment de masse anti-impérialiste latent.

Les propos de Modi s’inscrivent tout à fait dans la ligne de la position pro-guerre adoptée par l’Inde aux Nations unies, où le pays a coparrainé une résolution du Conseil de sécurité omettant toute mention, même superficielle, de l’attaque illégale des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, tout en présentant l’Iran comme l’agresseur pour s’être défendu.

Le lendemain de son discours sur la guerre au Parlement indien, Modi s’est entretenu par téléphone avec le criminel de guerre et aspirant dictateur, le président américain Donald Trump. Selon un message publié par Modi sur X, ils ont discuté de la nécessité, pour le monde « tout entier », que « le détroit d’Ormuz reste ouvert, sûr et accessible ». Avant et depuis cet entretien, Trump a clairement indiqué qu’il déployait d’importants renforts militaires américains dans la région du golfe Persique et qu’il comptait, dans les jours à venir, intensifier considérablement le conflit afin de « rouvrir » le détroit, notamment par une invasion terrestre et la prise de contrôle de territoires iraniens, au prix de milliers, voire de dizaines ou de centaines de milliers de vies.

Interrogée sur la discussion entre Trump et Modi, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré avec un large sourire : « Le président Trump entretient d’excellentes relations avec le Premier ministre Modi, et cette conversation a été productive. »

Plus tard la semaine dernière, le ministre indien des Affaires étrangères, S. Jaishankar, a indiqué que New Delhi discutait avec les puissances impérialistes européennes et le Japon d’une action coordonnée pour assurer la « sécurité » du détroit. Jaishankar s’est entretenu avec son homologue français et les représentants d’autres puissances impérialistes alors qu’il assistait, en tant qu’invité spécial, à une réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 organisée par la France. La Grande-Bretagne et la France ont déjà déployé d’importants moyens militaires dans la région et se sont jointes à des « opérations défensives » visant à contrer les attaques iraniennes contre les États facilitant la guerre des États-Unis contre l’Iran.

Au cours de la visite de Jaishankar, l’amiral Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la Marine nationale française, a déclaré à Reuters qu’il s’était récemment entretenu avec divers homologues navals, notamment britanniques, allemands, italiens, indiens et japonais, afin de « partager nos analyses et coordonner nos actions en réponse à la situation » en Asie occidentale.

La guerre impérialiste et l’intensification de l’exploitation de la classe ouvrière

Dans la poursuite de ses propres ambitions prédatrices de grande puissance, la bourgeoisie indienne s’est alignée de plus en plus étroitement sur l’impérialisme américain au cours du dernier quart de siècle, tout en augmentant massivement ses dépenses militaires. Grâce au développement d’un vaste réseau de liens bilatéraux, trilatéraux et quadrilatéraux en matière de sécurité militaire avec les États-Unis et leurs principaux alliés de la région Asie-Pacifique que sont le Japon et l’Australie, l’Inde s’est transformée, au cours des douze années de règne de Modi, en un véritable État de première ligne dans l’offensive militaro-stratégique de Washington contre la Chine. En corollaire, New Delhi a également développé des liens étendus en matière de sécurité militaire et d’économie avec Israël.

Avec la guerre contre l’Iran, le caractère profondément réactionnaire de l’alliance indo-américaine et les coûts qu’elle imposera au peuple indien, à la région et au monde entier apparaissent clairement.

La pénurie de GPL touche des centaines de millions de foyers urbains, et en particulier les petits stands de nourriture que l’on retrouve sur les trottoirs et dans les restaurants mobiles qui ne vendent que quelques plats préparés. Le prix d’une bouteille de GPL pour ces « établissements commerciaux » a grimpé en flèche, passant de 1 600 à 1 700 roupies (17 à 18 dollars) à environ 2 000 à 3 000 roupies (21 à 31 dollars) par bouteille. En raison de ce choc soudain, ces petits établissements sont contraints de réduire leurs activités, de raccourcir leurs menus déjà maigres ou de fermer complètement en raison des pénuries d’approvisionnement.

Par ailleurs, les livreurs de repas, déjà en situation de précarité, ont vu leurs revenus diminuer de deux tiers, les restaurants ayant dû réduire leurs horaires d’ouverture.

La plupart des ménages urbains, qu’il s’agisse de familles de la classe moyenne relativement aisées ou de familles de la classe ouvrière à faibles revenus, utilisent des bouteilles de GPL pour cuisiner au quotidien, tandis que la grande majorité du milliard de personnes vivant dans les zones rurales de l’Inde dépend encore des galettes de bouse de vache séchée et du bois de chauffage, péniblement ramassés par les femmes et les enfants.

[image]Conducteurs de scooters et automobilistes faisant la queue pour faire le plein à une station-service, dans la crainte d’une éventuelle pénurie de carburant due à la guerre entre les États-Unis et l’Iran, à Ahmedabad, en Inde, le lundi 23 mars 2026. [AP Photo/Ajit Solanki] – https://www.wsws.org/asset/c5c1d997-b552-413c-a3f1-1eaf99472c2d?rendition=image1280[/image]

Partout en Inde, de longues files d’attente se forment devant les agences de distribution de gaz GPL. Les livraisons, qui prenaient autrefois quelques jours, sont désormais retardées de plus d’une semaine dans de nombreuses régions. La panique s’est emparée des consommateurs, tandis que les réseaux du marché noir vendent des bouteilles à des prix fortement gonflés.

Selon les médias indiens, le gouvernement s’efforce de trouver des sources d’approvisionnement alternatives. Les importations en provenance de pays comme l’Argentine et les États-Unis sont en train d’être intensifiées pour compenser la perturbation des routes du Golfe. Parallèlement, l’Inde envisage même de reprendre ses achats auprès de l’Iran dans le cadre des dérogations temporaires aux sanctions accordées par les États-Unis.

Le Premier ministre Narendra Modi a cherché à minimiser la situation, insistant sur le fait que les stocks restent suffisants et que l’économie est stable. Cependant, ces assurances contrastent fortement avec la réalité sur le terrain, où les pénuries, les retards et la hausse des prix sont déjà monnaie courante. Elles sont également contredites par les propres actions du gouvernement.

À peine dix jours après l’attaque américano-israélienne du 28 février contre l’Iran, le gouvernement Modi a invoqué l’Essential Services Maintenance Act (ESMA), la loi sur le maintien des services essentiels. L’ESMA est généralement invoquée par le gouvernement national et les gouvernements des États pour réprimer les grèves des travailleurs dans ce qu’on appelle les « services essentiels ». Ceux-ci comprennent les soins de santé, l’assainissement, l’approvisionnement en eau, ainsi que la défense, les communications, les transports et la distribution alimentaire publique.

En vertu de l’ESMA, le gouvernement a ordonné aux raffineries de pétrole d’augmenter la production de GPL, imposé des contrôles sur la distribution et donné la priorité aux consommateurs domestiques par rapport aux utilisateurs commerciaux. Dans certaines régions, des restrictions telles que des intervalles plus longs entre les réservations de bouteilles ont été introduites, ce qui revient à rationner l’approvisionnement.

Parallèlement, des reportages indiquent que le marché noir est en plein essor. Des enquêtes ont mis au jour des opérations de remplissage illégales et des réseaux de spéculation exploitant la pénurie pour vendre des bouteilles à des prix bien supérieurs aux tarifs officiels. Le poids de la crise pèse de manière écrasante sur les familles les plus pauvres de la classe ouvrière. Ces ménages, déjà aux prises avec la hausse du coût de la vie, sont contraints de réduire leur consommation ou de se tourner vers des combustibles de qualité inférieure.

Ce n’est pas une aberration, mais la conséquence inévitable d’un système dans lequel les biens de première nécessité sont distribués en fonction du profit plutôt que des besoins sociaux.

Les partis parlementaires staliniens – le Parti communiste indien (marxiste), le Parti communiste indien (CPI) et le Parti communiste indien (marxiste-léniniste) de la Libération – condamnent la guerre impérialiste contre l’Iran. Mais leur opposition repose sur l’argument selon lequel cette guerre porte atteinte à « l’intérêt national » de l’Inde, et s’inscrit dans leurs efforts visant à faire dérailler l’opposition croissante au gouvernement d’extrême droite de Modi, la subordonnant à l’alliance INDIA dirigée par le Parti du Congrès, qui n’est pas moins attachée aux « politiques favorables aux investisseurs » et à l’alliance indo-américaine que le BJP.

Les travailleurs et les couches opprimées en Inde doivent s’armer d’une véritable perspective socialiste internationaliste pour s’opposer à la guerre contre l’Iran, au danger croissant de la guerre mondiale et à l’alliance stratégique réactionnaire indo-américaine. La lutte contre la guerre doit s’enraciner dans la classe ouvrière et viser à sa mobilisation en Inde et dans le monde entier en tant que force politique indépendante, ralliant toutes les couches opprimées derrière elle, dans une opposition révolutionnaire au capitalisme, cause profonde de la guerre.

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