Perspective

Dans une diatribe génocidaire, Trump promet de ramener l'Iran «à l'âge de pierre»

De la fumée s'élève après une frappe aérienne israélienne sur un bâtiment près de la route de l'aéroport à Beyrouth, au Liban, le mardi 31 mars 2026. [AP Photo/Hassan Ammar]

Dans une allocution télévisée diffusée mercredi en prime time, le président américain Donald Trump a déclaré que l'objectif des États-Unis dans la guerre contre l'Iran était la destruction de la société iranienne. «Nous sommes en passe d'atteindre tous les objectifs militaires américains très prochainement. Nous allons les frapper extrêmement fort au cours des deux à trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l'âge de pierre», a affirmé Trump.

Trump a menacé de frapper «durement et probablement en même temps absolument chacune de leurs centrales électriques» si le gouvernement iranien n'acceptait pas ses exigences. «Nous n'avons pas encore touché à leurs installations pétrolières, même si c'est la cible la plus facile, car cela ne leur laisserait pas la moindre chance de survie ni de reconstruction. Mais nous pourrions les frapper et elles seraient anéanties, sans que le régime puisse rien y faire.»

Autrement dit, Trump a déclaré son intention, si l'Iran ne capitulait pas totalement et ne devenait pas de facto un protectorat colonial des États-Unis, d'anéantir tout ce qui permet à 90 millions de personnes de vivre de façon acceptable et de ne pas leur laisser «la moindre chance de survie».

Jamais un président américain n'avait prononcé un discours pareil. Quels que soient les crimes commis par les administrations précédentes, ils étaient présentés comme une défense de la démocratie, de l'autodétermination ou comme une libération. Aujourd'hui, le message du président américain à la population de tout un pays est clair: acceptez nos exigences ou mourrez.

Ce sont là, littéralement, des déclarations d’intention génocidaires. «Bombarder» un pays pour le ramener «à l'âge de pierre» signifie détruire sa civilisation – une civilisation qui, dans le cas de l'Iran, s'étend sur des milliers d'années. Le président des États-Unis déclare, à la télévision nationale, son intention d'anéantir un pays entier – de raser ses villes, son réseau électrique, son approvisionnement en eau, ses hôpitaux et son industrie, tout ce qui fait soutient la vie de 90 millions de personnes.

Dans son discours, Trump a déclaré que les «objectifs» de cette guerre étaient de «démanteler la capacité du régime à menacer l'Amérique ou à projeter sa puissance au-delà de ses frontières». Or, cet objectif n'a manifestement pas été atteint: l'Iran contrôle toujours le détroit d'Ormuz. La conclusion est que, pour atteindre les «objectifs» américains, l'Iran doit être totalement anéanti. On applique à l'Iran le «modèle de Gaza».

Trump s'est vanté d'avoir assassiné les dirigeants iraniens. «Un changement de régime n'était pas notre objectif. Nous n'avons jamais parlé de changement de régime, mais un changement de régime s'est produit suite à la mort de tous leurs dirigeants. Ils sont tous morts.» Acceptez nos conditions ou subissez le même sort que les dirigeants que nous avons déjà assassinés. Trump appelle cela une «négociation». C'est le langage de la mafia, sorti de la Maison-Blanche.

L'expression «les bombarder pour les ramener à l'âge de pierre» est associée à Curtis LeMay, général de l'armée de l'air d'extrême droite qui a dirigé les bombardements incendiaires de Tokyo pendant la Seconde Guerre mondiale – faisant plus de 100 000 victimes en une seule nuit – et supervisé les bombardements de la Corée du Nord pendant la guerre de Corée, où la puissance aérienne américaine a rasé toutes les villes du pays. Pendant la guerre du Vietnam, une faction de l'establishment militaire et politique américain préconisait la levée de toutes les restrictions sur les bombardements du Vietnam – un cours qui prenait le risque d’une guerre nucléaire avec l'Union soviétique ou la Chine.

Dans son autobiographie de 1965, Mission avec LeMay, il exposait ce qu'il souhaitait faire au Nord-Vietnam: «Ma solution serait de leur dire franchement qu'ils doivent se calmer et cesser leur agression, sinon nous les bombarderons pour les ramener à l'âge de pierre.» Derrière ces propos se cachait la menace d'utiliser l'arme nucléaire, ce que l'impérialisme américain de l'époque choisit de ne pas faire.

C’est l’esprit qui règne désormais à la Maison-Blanche. Le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a donné le ton le 2 mars en annonçant qu’il n’y aurait «aucune règle d’engagement stupide». Trois semaines plus tard, lors d’une prière au Pentagone, il a imploré Dieu de déchaîner «une violence d’action irrésistible contre ceux qui ne méritent aucune pitié».

Une pègre criminelle est au pouvoir. La guerre contre l'Iran est le fruit de décennies d'escalade de la violence – des invasions de l'Afghanistan et de l'Irak au génocide de Gaza en passant par la destruction de la Libye et de la Syrie – chaque crime plus impudent, chaque crime commis plus impunément que le précédent.

Avec Trump cependant, une étape qualitativement nouvelle a été atteinte. On a abandonné toute prétention de retenue légale et on déclare qu'il n'y a plus aucune « ligne rouge » — pas même l'utilisation d'armes nucléaires — dans l’imposition de la domination impérialiste.

Lorsque Trump a promis de bombarder l'Iran «pour le ramener à l'âge de pierre» c’était la troisième fois en deux jours qu’il employait exactement la même formule. Ses précédents appels avaient pourtant à peine été mentionnés dans la presse et avaient encore moins été condamnés dans les éditoriaux. Ces mêmes journaux qui colportent des allégations sensationnalistes sur le massacre de dizaines de milliers de manifestants par le gouvernement iranien plus tôt cette année, qui s'indignent des agissements du gouvernement russe, ne jugent pas digne de mentionner un appel à annihiler la civilisation d’un pays.

Dans les commentaires médiatiques qui ont suivi l'allocution de Trump en prime time, la discussion a été dominée par la question de savoir s'il avait «présenté ses arguments» et non par le fait que le président des États-Unis avait fait la déclaration d'intention criminelle de commettre un meurtre de masse.

Aucun dirigeant démocrate n'a réagi aux déclarations de Trump d’un renvoi «à l’âge de pierre». Cinq semaines après le début des bombardements, aucune commission, ni dans l'une ni dans l'autre chambre, n'a tenu d'audition publique.

Les menaces génocidaires de Trump ne sont pas les divagations d'un seul homme. Il parle au nom d'une oligarchie capitaliste, d'une classe dirigeante incapable de défendre ses intérêts par les voies démocratiques et légales et qui répond à l'aggravation des crises par la violence à l'extérieur et la dictature à l'intérieur.

Le jour même de son discours sur l'Iran, Trump a annoncé aux participants d'un déjeuner de Pâques à la Maison-Blanche avoir ordonné au Bureau de la gestion et du budget de supprimer tous les financements destinés aux garderies. «Nous sommes en guerre. Nous ne pouvons pas nous occuper des garderies», a-t-il déclaré, ajoutant: «Il nous est impossible de financer à la fois les garderies, Medicaid, Medicare et toutes ces choses individuelles.» Et de conclure: «Nous devons nous occuper d'une seule chose: la protection militaire.»

La guerre menée contre le peuple iranien et celle menée contre la classe ouvrière dans le pays sont les deux faces d'une même politique. Un gouvernement qui prépare le meurtre de masse à l'étranger prépare aussi la contre-révolution sociale à l'intérieur du pays: la destruction de ce qui reste de droits démocratiques et de réformes sociales, l'intensification de l'austérité et une campagne pour instaurer une dictature fasciste. La crise à laquelle est confrontée l'humanité maintenant mène soit au socialisme, soit à la barbarie.

(Article paru en anglais le 2 avril 2026)

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