110 mineurs de charbon en grève arrêtés par la police en Turquie

L’arrestation par la police, mardi matin, à Ankara, la capitale de la Turquie, de 110 mineurs de charbon alors qu’ils menaient une manifestation pacifique et une grève de la faim devant le ministère de l’Énergie pour réclamer le versement de salaires impayés et d’autres droits, constitue un avertissement à la classe ouvrière internationale. Les mineurs ont été libérés après 14 heures, mais leurs revendications n’ont pas été satisfaites, et la menace d’une répression étatique violente n’a pas été écartée.

La marche des travailleurs de la mine Doruk, 14 avril 2026

Le World Socialist Web Site et le Sosyalist Eşitlik Partisi–Dördüncü Enternasyonal (Parti de l’égalité socialiste – Quatrième Internationale) appellent les travailleurs, les jeunes et les intellectuels de Turquie et du monde entier à défendre les mineurs.

La brutalité du gouvernement Erdoğan envers les mineurs contraste vivement avec les sentiments de larges couches de la population. Pendant que les mineurs étaient détenus, de nombreux artistes de premier plan ont publié sur les réseaux sociaux des vidéos de solidarité qui ont suscité un large appui. Une manifestation a eu lieu à Istanbul contre leur détention.

Les travailleurs de Doruk Mining, propriété d'Yıldızlar SSS Holdings, ont été arrêtés au moment même où se déroule la guerre impérialiste américano-israélienne contre l’Iran, voisin de la Turquie. Les gouvernements qui se préparent à la guerre partout dans le monde répondront de la même manière répressive à l’essor des luttes ouvrières.

Selon une déclaration du Syndicat indépendant des travailleurs des mines (Bağımsız Maden-İş), les demandes de couvertures pour les travailleurs malades et âgés ont été refusées tout au long de la nuit. Les sacs contenant des médicaments n’ont pas été autorisés dans la zone. Les médecins se sont vu refuser l’accès au site de la manifestation. Un travailleur tombé malade pendant sa détention a été transporté à l’hôpital.

Les mineurs sont partis d’Eskişehir le 13 avril et sont arrivés à Ankara lundi après une marche de neuf jours d’environ 180 kilomètres. Les problèmes et les revendications auxquels les mineurs sont confrontés sont partagés par d’innombrables autres travailleurs dans le monde. Leurs revendications comprennent le paiement de plusieurs mois de salaires impayés, des indemnités de licenciement et de préavis pour les travailleurs congédiés, la fin de l’imposition de congés sans solde, des conditions de travail sûres, la réintégration des travailleurs licenciés pour appartenance syndicale, et la nationalisation de la mine afin de garantir la sécurité d’emploi.

Un mineur a exprimé l’état d’esprit qui règne dans de larges couches de la classe ouvrière : « Si nous sommes descendus dans la rue, c’est que ce n’est plus supportable. »

La classe dirigeante turque est assise sur une poudrière sociale. Le salaire mensuel minimum net de 2026 a été fixé à 28 000 lires (620 dollars américains), bien en deçà du minimum de subsistance. Même avec trois salariés au salaire minimum dans un ménage, une famille de quatre personnes n’atteint pas le seuil de pauvreté de 97 000 lires (2 159 dollars américains). Environ la moitié des travailleurs en Turquie touchent le salaire minimum. Dans ce contexte, la richesse combinée des 30 milliardaires turcs a atteint 73,8 milliards de dollars, soit plus que l’ensemble des avoirs de 44 pour cent de la population, environ 38,5 millions de personnes.

La Turquie figure parmi les premiers pays d’Europe en matière d’inégalités de revenu et de richesse et arrive au premier rang des pays européens, de l’OCDE et du G20 pour l’inflation. Alors que le taux d’inflation annuel officiel s’établit à 31 pour cent, le groupe de recherche indépendant ENAG évalue l’inflation réelle à plus de 57 pour cent.

Les mineurs occupent une position critique dans la production mondiale et les chaînes d’approvisionnement, tout en travaillant dans l’un des secteurs les plus meurtriers. En raison d’un signalement insuffisant, les estimations du nombre annuel de morts dans l’industrie minière à l’échelle mondiale varient entre 7000 et 14 000. Selon la Commission d’enquête sur les accidents du travail (İSİG), 1267 travailleurs ont été tués dans les mines turques entre 2013 et 2025. Les conditions d’exploitation brutale et de précarité qui ont fait 301 morts à Soma en 2014 se sont encore aggravées depuis.

C’est la conséquence directe de politiques qui ont détérioré les conditions sociales de la classe ouvrière au profit des entreprises, des banques et des dépenses militaires. Le budget turc de 2026 augmente fortement les dépenses militaires et de sécurité tout en réduisant les dépenses sociales, en prolongeant les baisses de taxes pour les entreprises et en faisant porter les déficits budgétaires sur les épaules des travailleurs.

Cette offensive de la classe dirigeante, menée avec l’aide directe de l’appareil syndical, se heurte à une résistance grandissante. En mars 2026, plus de 1200 travailleurs de la mine Polyak à İzmir ont franchi un barrage de gendarmerie et pris le contrôle de la mine; au cours de la lutte, des travailleurs ont discuté de « prendre le pouvoir dans tout le pays ». Plus tôt, plus de 5000 travailleurs d’entrepôts de Migros ont résisté à la violence policière et aux licenciements collectifs par une grève sauvage.

La réponse du gouvernement à ce développement d’un mouvement indépendant au sein de la classe ouvrière a été une vague croissante d’arrestations.

Vendredi, 10 travailleurs de Temel Conta – en grève à İzmir depuis environ un an et demi – ont été placés en détention après des perquisitions à leur domicile. À la mi-mars, Mehmet Türkmen, dirigeant du syndicat indépendant du textile BİRTEK-SEN, a été emprisonné pour un discours prononcé devant des travailleurs. Esra Işık, qui s’était opposée au pillage de la forêt d’Akbelen et des villages environnants par des compagnies minières, a été arrêtée à la fin de mars, tandis que Başaran Aksu, spécialiste de l’organisation pour Bağımsız Maden-İş, qui avait protesté contre cette arrestation sur les réseaux sociaux, a été maintenu en détention pendant plusieurs jours. Cela a été suivi par la détention de l’avocat du syndicat pendant presque une semaine. Cette vague de répression a été tacitement cautionnée par les confédérations syndicales officielles – y compris la Confédération des syndicats progressistes (DİSK) dite « d’opposition » – qui l’ont entièrement ignorée.

L’intégration de l’appareil syndical à l’État et aux entreprises rend impératif que les travailleurs construisent des comités de base indépendants pour défendre leurs droits sociaux et démocratiques. Les travailleurs font face à une offensive capitaliste mondiale qui ne peut être combattue qu’au moyen d’une stratégie mondiale. La construction de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC) est nécessaire pour unifier et coordonner ces luttes au-delà des frontières nationales.

En Turquie, particulièrement depuis 2025, les droits démocratiques fondamentaux sont en train d’être démantelés et la répression étatique vise l’opposition politique, y compris le Parti républicain du peuple (CHP). Ekrem İmamoğlu, maire métropolitain d’Istanbul et candidat présidentiel du CHP, est emprisonné depuis mars 2025. De nombreux autres maires du CHP, membres de partis de gauche, syndicalistes et journalistes ont été arrêtés.

La répression étatique visant directement la classe ouvrière au cours de la période récente a coïncidé avec deux développements mondiaux majeurs : le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis en janvier 2025 et le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran le 28 février de cette année.

Trump – qu’Erdoğan continue d’appeler « mon ami » et avec qui il a resserré ses liens – construit aux États-Unis un régime fascisant qui piétine la Constitution et les droits démocratiques fondamentaux, tout en menant simultanément une attaque féroce contre les conditions sociales de la classe ouvrière. En Allemagne, le gouvernement de coalition CDU-SPD finance les dépenses militaires par des coupes sociales. En Grande-Bretagne, le gouvernement travailliste brise les grèves. En France, le président Emmanuel Macron poursuit son offensive contre les retraites.

Le gouvernement Erdoğan agit comme un instrument de l’oligarchie capitaliste contre la classe ouvrière, qui résiste aux attaques sur ses conditions sociales. Toutefois, le gouvernement est en profond conflit avec l’écrasante majorité de la population au sujet de la guerre impérialiste contre l’Iran et de son alliance avec l’administration Trump. Un sondage de MetroPOLL a révélé que 98 pour cent de la population ne veut pas voir l’alliance américano-israélienne remporter cette guerre et s’oppose aux bases militaires américaines en Turquie.

Erdoğan tente de détourner cette opposition de masse en attribuant faussement toute la responsabilité de la guerre à Israël uniquement. Pendant ce temps, les bases situées en Turquie continuent de servir les forces américaines, et le pétrole azerbaïdjanais transite par la Turquie vers Israël. À la mi-mars, Ankara a cosigné la « déclaration de Riyad » aux côtés du Pakistan, de l’Azerbaïdjan et des régimes du Golfe, légitimant l’agression américano-israélienne et condamnant le droit de l’Iran se défendre. La Turquie se prépare à accueillir en juillet un sommet de l’OTAN à Ankara, auquel participeront une série de criminels de guerre impérialistes.

Bien que le CHP prétende s’opposer à la guerre et dénonce Trump, il s’agit d’un parti pro-impérialiste qui représente les intérêts de la même classe dirigeante que le gouvernement Erdoğan. En septembre 2025, le CHP a soumis à l’OTAN un rapport qui reprenait la propagande américano-israélienne présentant l’Iran comme la source de l’instabilité régionale et recommandait l’expansion de l’OTAN au Moyen-Orient.

Au milieu d’une opposition populaire aussi énorme à la guerre et à la collaboration avec l’impérialisme américain, le gouvernement Erdoğan est déterminé à consolider le « front intérieur » et à réprimer toute opposition, surtout l’essor d’un mouvement ouvrier indépendant.

Les négociations engagées entre Ankara et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à la fin de 2024 s’inscrivent dans ce processus. Elles visent essentiellement à parvenir à un accord entre les bourgeoisies turque et kurde aligné sur les États-Unis et à discipliner la classe ouvrière au pays. Les événements des 18 derniers mois ont mis à nu le caractère frauduleux des prétentions à la « paix et à la démocratisation », ainsi que des forces de pseudo-gauche qui les soutiennent.

Dans un discours au Parlement mardi, le chef du CHP, Özgür Özel, s’est opposé à la répression étatique contre les mineurs et a affirmé que tous les droits des travailleurs seraient garantis sous un gouvernement CHP. Cette affirmation est frauduleuse. Le CHP a imposé des salaires de misère aux travailleurs dans les municipalités qu’il administre à Istanbul et à İzmir et a brisé des grèves par l’intermédiaire d’un syndicat affilié à la DİSK et en mobilisant d’autres municipalités. Le bilan des alliés sociaux-démocrates avec lesquels le CHP s’est réuni lors du sommet de la « Mobilisation progressiste mondiale » tenu la semaine dernière à Barcelone est celui de la guerre impérialiste, des coupes sociales et de l’érosion des droits démocratiques.

Puisque le CHP défend les mêmes intérêts que le gouvernement Erdoğan et est lié au même système financier et militaire impérialiste, il est organiquement incapable de résoudre les questions sociales et démocratiques fondamentales qui touchent la classe ouvrière. Ces tâches exigent une offensive frontale contre la richesse, le pouvoir et les liens avec l’impérialisme de la classe dirigeante. Cela signifie la lutte de la classe ouvrière pour le pouvoir sur la base d’un programme socialiste international. La lutte pour les droits sociaux et démocratiques doit être combinée à la construction d’un mouvement international contre la guerre.

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