Hegseth détaille le plan de la Maison-Blanche pour augmenter les dépenses militaires de 50 pour cent

Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth durant une réunion de travail de la Commission des Services armés de la Chambre des représentants sur l'exercice financier 2027 du département de la Défense, au Capitole, le mercredi 29 avril 2026, à Washington. [AP Photo/Rod Lamkey Jr.]

Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a témoigné mercredi devant la Commission des forces armées de la Chambre des représentants sur le projet de l'administration Trump d’augmenter les dépenses militaires de 50 %, pour les faire passer de 1 000 milliards de dollars cette année à 1500 milliards au cours de l'exercice financier 2027.

Hegseth, qui a rebaptisé le Pentagone «Département de la Guerre», a déclaré à la Commission que ce budget placerait la base industrielle de défense «sur un pied de guerre».

Cette demande représente la plus forte augmentation en une seule année des dépenses militaires américaines de tout l’époque d’après-guerre. Elle porterait celles-ci à 4,5 % du produit intérieur brut, les dirigeants républicains de la Chambre des représentants ayant fixé à 5 % l'objectif à atteindre à terme.

Ce renforcement militaire vise à préparer une guerre contre la Chine et la Russie, deux puissances nucléaires que la Stratégie de défense nationale de Trump désigne comme principaux adversaires.

Face à une administration largement impopulaire affirmant ouvertement son intention de commettre des crimes de guerre dans sa quête de domination mondiale, les démocrates de la Commission se sont donné pour priorité absolue de souligner — malgré des désaccords tactiques — leur solidarité avec son programme mégalomaniaque de conquête mondiale.

Le principal démocrate de la Commission, Adam Smith (Washington), a commencé par exprimer sa sympathie pour la guerre contre l'Iran et pour l'augmentation de 50 pour cent des dépenses militaires. «Je pense que nous devrions tous reconnaître que nos troupes ne méritent que nos éloges pour le travail incroyable accompli», a-t-il déclaré à Hegseth. «Nous avons montré au monde que nous disposons d'une armée extrêmement capable, et j’entends le président [de la commission] sur le besoin d'un budget accru.»

Smith a ensuite attaqué l'opposition populaire massive à la guerre. «Je suis en total désaccord avec les gens de l'extrême gauche qui affirment que nous ne sommes pas réellement confrontés à des menaces, que les États-Unis sont une influence néfaste dans le monde et l'ont toujours été. Je ne suis pas d'accord avec cela», a déclaré Smith. «La Chine, la Russie, l'Iran, la Corée du Nord, le Hezbollah, le Hamas, les Houthis», a-t-il poursuivi, « ils veulent nous écarter».

Le républicain Don Bacon (Nebraska) a résumé le consensus bipartisan en faveur d'une guerre mondiale. «Nous sommes la commission la plus bipartisane des 20 commissions du Congrès. Nous avons pour tradition de voter les NDAA [Lois d'autorisation de défense nationale] à de très larges majorités, année après année», a-t-il déclaré. «Et il est important de ne pas être républicain d'abord ou démocrate d'abord ici. Nous sommes des Américains qui essaient de s'assurer que notre pays soit bien défendu. Et dans cet esprit, je salue les opérations en Iran.»

Bacon a raison quant au caractère bipartisan de la marche à la guerre. Les démocrates ont financé le renforcement militaire avant que la guerre contre l'Iran ne commence et, une fois lancée, ont refusé de l'arrêter. La Chambre a adopté la Loi d'autorisation de défense nationale pour l'exercice 2026 le 10 décembre 2025, par 312 voix contre 112, l'ensemble de la direction démocrate de la Chambre ayant voté pour; le Sénat a suivi par 77 voix contre 20. Le 22 janvier 2026, la Chambre a approuvé un projet de loi de crédits de défense de 839 milliards de dollars par 341 voix contre 88. Le 2 février, 21 démocrates de la Chambre ont fourni la majorité nécessaire à une résolution de continuité pour maintenir le financement du gouvernement; le même jour, un F-35 américain de l'USS Abraham Lincoln a abattu un drone iranien au-dessus de la mer d'Oman. Vingt-six jours plus tard, l'assaut américano-israélien contre l'Iran commençait. Une fois lancé, les deux chambres ont rejeté des résolutions de la Loi sur les pouvoirs de guerre visant à l'arrêter.

Le plus gros poste budgétaire du plan, d’un montant de 71 milliards de dollars, prévoit une extension massive de l’arsenal nucléaire américain: nouveaux sous-marins lanceurs de missiles balistiques, bombardiers à longue portée et missiles intercontinentaux visant Chine et Russie. La construction navale reçoit 65 milliards de dollars. Les bombes et missiles conventionnels 25 milliards de dollars. Le programme de défense antimissile «Golden Dome» est doté d’un budget de 22 milliards de dollars. Le budget de la Force spatiale double. Les achats augmentent de 76 %, la recherche et le développement de 64 %. 54,6 milliards de dollars supplémentaires vont à un Groupe de guerre autonome de défense pour la guerre des drones, dont la majeure partie dépend d’un futur projet de loi de réconciliation.

Hegseth a déclaré que le budget permettrait à 14 chaînes de production de munitions de fonctionner à un rythme soutenu, comparable à celui d'un système de guerre – notamment pour les missiles Patriot, PAC-3, THAAD, Tomahawk, AMRAAM et JASSM – et que les entreprises se verraient proposer des contrats pluriannuels pour agrandir leurs usines. Les effectifs militaires augmenteraient de 44 000 hommes. Le Pentagone affirme avoir généré plus de 50 milliards de dollars d'investissements privés, la construction de 280 nouvelles usines et l'augmentation de 1,67 million de mètres carrés de surface de production américaine. Le général Dan Caine, chef d'état-major des armées, a qualifié ce budget d'«acompte historique sur la future sécurité».

Le républicain Mike Rogers (Alabama), président de la Commission de la Chambre, a justifié cette demande en invoquant la nécessité de se préparer à une guerre avec la Chine. «La Chine construit 47 % des navires dans le monde. Les États-Unis en construisent un dixième de 1 %. Nous construisons moins de navires que la Croatie ou les Pays-Bas», a déclaré Rogers. Il a ajouté que l'armée chinoise était devenue «une force militaire modernisée, capable de projeter sa puissance loin dans le Pacifique».

Caine a déclaré que le Pentagone examinait «les trois piliers de la triade nucléaire » — sous-marins, missiles et bombardiers — pour s'assurer qu'ils étaient «fiables, redondants et opérationnels» pour, selon ses termes, «le jour le plus important de notre nation». Hegseth a averti la commission que «le pays qui domine dans le domaine quantique dominera l'avenir du C2 [commandement et contrôle], des communications et de toutes les manières dont nous combattons». Bacon a appelé à un renforcement nucléaire expressément dirigé contre Pékin: «La Russie et la Chine doivent savoir que, quoi qu'elles fassent, nous pouvons lancer ces 400 ICBM [missiles balistiques intercontinentaux].»

Le secrétaire à la Défense a parlé comme un parrain de la mafia. Ces dépenses permettraient de bâtir une armée qui «inspirerait rien moins qu’une peur implacable à nos adversaires». Il a cité comme preuve les opérations menées cette année. Cela comptait quand on parcourait «le globe en 37 heures pour l’opération Midnight Hammer», le bombardement par des B-2 des sites nucléaires iraniens en juin 2025. Cela comptait quand on allait «au centre-ville de Caracas […] pour enlever le dictateur inculpé d’un pays au milieu de la nuit.» Les défenses aériennes russes envoyées pour protéger le président vénézuélien Nicolás Maduro avant son enlèvement le 3 janvier avaient été «vaincues en 15 minutes».

Le représentant démocrate du Massachusetts, Seth Moulton, a interrogé Hegseth au sujet de l'ordre qu'il avait donné lors de sa conférence de presse du 13 mars, de ne faire «aucun quartier ni avoir aucune pitié» concernant les bateaux dans les Caraïbes. Moulton, ancien officier du Corps des Marines ayant effectué quatre missions de combat en Irak entre 2003 et 2008, a déclaré: «Un ordre de ne faire ni quartier ni survivant constitue un crime de guerre au regard des Conventions de Genève.» Hegseth n'a pas renoncé à cet ordre. «Le ministère de la Guerre se bat pour gagner», a-t-il répondu.

L'audience de mercredi a clairement montré que la guerre contre l'Iran était une phase dans une guerre mondiale que la classe dirigeante américaine prépare pour contrôler le monde.

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