Les États-Unis attaquent deux pétroliers battant pavillon iranien alors que Trump intensifie la guerre avant le sommet avec la Chine

Un porte-conteneurs est à l’ancre tandis qu'un petit bateau à moteur passe au premier plan dans le détroit d'Ormuz, au large de Bandar Abbas, en Iran, le samedi 2 mai 2026. [AP Photo/Amirhosein Khorgooi]

Vendredi, des avions de la marine américaine ont attaqué deux pétroliers battant pavillon iranien dans le golfe d'Oman dans le cadre du blocus naval américain imposé à l'Iran, marquant ainsi la dernière escalade en date de la guerre. Des F/A-18 Super Hornets du porte-avions USS George H.W. Bush ont tiré des munitions de précision sur les cheminées du M/T Sea Star III et du M/T Sevda, les mettant hors d'état de naviguer. Un troisième pétrolier iranien, le M/T Hasna, avait subi le même sort mercredi.

Ces frappes ont eu lieu le lendemain des premières frappes américaines sur le territoire iranien depuis la trêve du 8 avril. Jeudi, les forces américaines ont frappé des cibles militaires iraniennes à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm après que l'Iran eut tiré des missiles, des drones et lancé des petites embarcations contre trois destroyers de la marine américaine qui transitaient par le détroit d'Ormuz.

Quelques heures après les frappes de jeudi, le président américain Donald Trump a lancé ce qui a été largement interprété comme une menace nucléaire à l'encontre de l'Iran. S'adressant aux journalistes près du bassin du Lincoln Memorial de Washington, il a déclaré: « Vous n'aurez qu'à voir une énorme lueur sortir d'Iran, et ils feraient mieux de signer leur accord rapidement.»

La guerre que les États-Unis et Israël ont déclenchée contre l'Iran le 28 février en est à son 70e jour. Le Pentagone a frappé environ 13 000 cibles en 38 jours d'opérations de combat. Le gouvernement iranien a fait état de 81 000 structures civiles endommagées, dont 275 établissements médicaux. L'Agence de presse des militants iraniens des droits de l'homme a recensé 3 636 morts iraniens au 7 avril, dont 1 701 civils. Israël a fait état de 24 morts et 7 791 blessés suite aux attaques de missiles iraniens. Treize soldats américains ont été tués et plus de 400 blessés; The Intercept a rapporté que le bilan réel s'élève à au moins 15 morts. Au moins neuf ressortissants des États du Golfe ont été tués lors de frappes iraniennes contre les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, Bahreïn et Oman.

La guerre continue de s'étendre à toute la région. Israël a bombardé le Liban tout au long du cessez-le-feu qu'il avait accepté en novembre 2024, les opérations s'intensifiant nettement ces derniers jours. Mercredi, son armée a frappé la banlieue sud de Beyrouth — la première attaque près de la capitale libanaise depuis le début du cessez-le-feu — ciblant le commandant de la force d'élite Radwan du Hezbollah dans le quartier de Haret Hreik. Les frappes israéliennes dans le sud et l'est du Liban ont fait au moins 13 morts ces derniers jours. Des avions israéliens ont frappé Beyrouth à 3 heures du matin, heure locale, et l'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation pour les civils dans plus de 50 villages du sud du Liban et de la vallée de la Bekaa.

Cette escalade survient une semaine avant la rencontre prévue entre Trump et le président chinois Xi Jinping à Pékin le 14 mai. Le sommet se déroulera alors que les États-Unis imposent ce que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a appelé un blocus naval «de fer» s'étendant du golfe d'Oman «jusqu'à la haute mer» — une posture qui impose des restrictions effectives aux navires sous pavillon chinois faisant escale dans les ports iraniens et au commerce de pétrole par voie maritime qui alimente l'économie chinoise. On estime que le blocus retient actuellement 70 pétroliers d'une capacité combinée de 166 millions de barils, d'une valeur de plus de 13 milliards de dollars.

La Chine importe environ un tiers de son pétrole brut via le détroit d'Ormuz et reçoit 37,7 % du pétrole transitant par ce point de passage stratégique, soit plus que tout autre pays. Elle est le premier acheteur de pétrole iranien, absorbant plus de 80 % des exportations maritimes iraniennes en 2025. Le pétrole brut iranien représentait environ 12 % des importations totales de pétrole brut de la Chine l'an dernier. Hegseth a qualifié le blocus iranien de «cadeau au monde» et a déclaré que les États-Unis le maintiendraient «aussi longtemps que nécessaire».

Les États-Unis n’ont pas réussi à atteindre les objectifs qu’ils s’étaient fixés, à savoir paralyser l’armée iranienne et renverser son gouvernement. Les analyses des services de renseignement américains ont conclu que la guerre n’avait causé que «peu de nouveaux dommages» au programme nucléaire iranien; le stock iranien d’environ 440 kilogrammes d’uranium hautement enrichi — une quantité suffisante pour fabriquer environ 10 armes — reste intact dans des sites profondément enfouis que les munitions américaines ne peuvent atteindre. Environ la moitié de la force de missiles conventionnels de l’Iran d’avant-guerre a survécu. Le gouvernement iranien n’a pas été renversé, et l’Iran continue de contrôler le détroit d’Ormuz.

L'Iran a infligé de lourds dommages aux installations américaines dans toute la région. Seize bases américaines ont été la cible de tirs iraniens depuis le début de la guerre. La base aérienne d'Al Udeid au Qatar a perdu un radar d'une valeur d'un milliard de dollars; la base Prince Sultan en Arabie saoudite a été frappée le 27 mars, blessant 12 soldats américains et détruisant un avion AWACS; le quartier général de la Cinquième Flotte à Bahreïn a été touché dès le premier jour de la guerre. Près de la moitié des stocks de missiles intercepteurs Patriot américains ont été utilisés, ainsi que plus de la moitié des stocks de missiles intercepteurs THAAD. Les délais de remplacement sont de trois à quatre ans.

La profondeur de la crise stratégique a été soulignée par un rapport de Reuters publié jeudi par Idrees Ali, Erin Banco et Hatem Maher, selon lequel la Central Intelligence Agency estime que l'Iran peut résister au blocus américain pendant environ quatre mois supplémentaires.

Le coût de la guerre grimpe également bien au-delà des chiffres officiels du Pentagone. Dans une tribune publiée vendredi dans le New York Times, intitulée «Hegseth affirme que cette guerre a coûté 25 milliards de dollars. J’ai calculé le montant réel», l’économiste de l’université du Michigan Justin Wolfers écrit: «Le mieux qu’un économiste puisse faire pour l’instant est d’évaluer correctement l’ordre de grandeur, et mes calculs suggèrent que la guerre contre l’Iran coûtera des centaines de milliards de dollars, voire très probablement des milliers de milliards. »

Le calcul de Wolfers inclut les munitions, les pertes de navires et d'avions, le retard de préparation dans les usines Patriot et THAAD, l'intensification du déploiement des porte-avions dans toute la zone du CENTCOM et les dommages macroéconomiques causés à l'économie américaine par le choc énergétique et la flambée des prix à la consommation.

Face à cette débâcle, des secteurs importants de la classe dirigeante américaine exigent de Trump escalade militaire.

La rédaction du Wall Street Journal écrit dans un article intitulé «L’Iran met à l’épreuve la volonté de Trump de se battre» qu’«en manifestant une profonde réticence à relancer des opérations militaires de grande envergure, il a encouragé les Iraniens à tenir bon pour obtenir de meilleures conditions. En gardant le cessez-le-feu sous perfusion même aujourd’hui, M. Trump envoie le même message. Mais plutôt que d’attendre l’Iran, les États-Unis pourraient au moins recommencer à guider les navires commerciaux hors du détroit. Le régime doit savoir qu’il est en train de perdre son moyen de pression.»

Marc Thiessen, dans une tribune du Washington Post publiée jeudi, «Trump risque de transformer une victoire imminente en défaite en Iran», a appelé à une escalade généralisée. «Alors, que doit faire Trump? C’est simple: finir ce qu'il a commencé », écrit Thiessen.

Reprenons le projet Liberté… Si l’Iran tire sur les États-Unis ou menace à nouveau les infrastructures énergétiques de nos alliés du Golfe, ripostons en frappant les infrastructures énergétiques iraniennes sur l’île de Kharg, par laquelle transite plus de 90 % du pétrole iranien. Donnons ensuite à Israël le feu vert pour reprendre les opérations militaires, en frappant les dirigeants, les armes et les cibles énergétiques à travers l’Iran… Si l’Iran refuse toujours de capituler, Trump peut lancer une ultime offensive… puis entamer des opérations secrètes pour armer le peuple iranien et renverser le régime.

Une nouvelle escalade de la violence militaire, loin de résoudre la crise à laquelle est confrontée l'administration Trump, ne ferait que l'aggraver.

Loading