Dans un contexte de rivalités croissantes entre grandes puissances, les impérialistes européens recherchent l'accès aux marchés, à la main-d'œuvre bon marché et aux matières premières essentielles – 2e partie

Voici la deuxième et dernière partie de cette série. La première partie a été publiée en français le 14 juillet 2026.

L'UE a également signé une série de partenariats stratégiques sur les matières premières et les chaînes d'approvisionnement avec des pays africains.

En 2022, Bruxelles a signé un protocole d'accord avec la Namibie portant sur les terres rares, le lithium et l'hydrogène renouvelable. Un protocole d'accord plus ambitieux avec la Zambie a suivi en 2023, incluant l'extraction de cuivre et de cobalt, ainsi que d'importants investissements dans les infrastructures de transport. Un partenariat stratégique avec la République démocratique du Congo, de loin le premier producteur mondial de cobalt, composant essentiel des équipements numériques, a été conclu la même année.

Carte du chemin de fer de Benguela, et sa jonction avec les chemins de fer du Congo-Kinshasa et de la Zambie [Photo by Hallel / CC BY-SA 4.0]

L’UE souhaite étendre le corridor de Lobito, qui facilitera le transport de matières premières de la RDC et de la Zambie vers la côte atlantique via l’Angola, en vue de leur exportation vers le marché mondial. Financée par la Banque européenne d’investissement et des institutions privées, cette infrastructure vise directement à affaiblir l’influence chinoise et américaine dans la région.

Sur le continent américain, l’accord commercial du Mercosur renforce les liens économiques entre l’UE et deux de ses principaux partenaires pour l’accès aux minerais critiques: l’Argentine et le Brésil. Le Chili, qui forme avec l’Argentine le « triangle du lithium », a conclu un accord de libre-échange distinct avec Bruxelles en 2024.

Plus au nord, le Canada est considéré comme un fournisseur de minerais critiques et de gaz naturel, avec un potentiel d'expansion considérable. Le Canada souhaite approfondir ses liens avec les puissances européennes. Trump a déclaré son intention d'annexer le pays pour en faire le 51e État américain et a menacé de faire capoter son économie, fortement dépendante du marché américain.

La présence du Premier ministre canadien Mark Carney au récent sommet EPC à Erevan, en tant que premier chef de gouvernement non européen à participer à une telle réunion, a montré la dégradation avancée des relations transatlantiques traditionnelles et la volonté du Canada de renforcer ses liens économiques avec l'Europe pour contrebalancer les menaces de Washington.

Les matières premières et le réarmement

La quête mondiale des impérialistes européens pour s'assurer l'accès aux matières premières et aux marchés commerciaux nécessite une force militaire opérationnelle capable d'imposer ses intérêts à ses rivaux. Les puissances européennes investissent des centaines de milliards dans leurs appareils militaires. L'Allemagne, cas particulier, a modifié sa Constitution afin d'exempter les dépenses militaires du plafond d'endettement que celle-ci prescrit. Cela lui a permis de contracter 1 000 milliards d'euros d’emprunts pour financer son armée et les infrastructures connexes. L'UE elle, a consenti 800 milliards d'euros pour des investissements militaires.

Cet argent n’aura pas grand effet si les impérialistes européens ne peuvent se procurer les matériaux nécessaires à la construction d'une machine de guerre moderne. Selon une estimation, chaque avion de chasse F-35 américain nécessite 400 kilogrammes de terres rares pour sa fabrication. Les chars de combat, véhicules blindés et systèmes radar dépendent tous de composants essentiels issus de minéraux critiques que les pays de l'UE obtiennent actuellement de la Chine, de la Russie ou d'autres pays qu’ils ne contrôlent pas directement. Une étude de l'Institut international d'études stratégiques (IISS) décrivant les composants nécessaires à la construction d'un char de combat principal constate que:

Les performances d'un char de combat moderne sont désormais évaluées à l'aune de la sophistication de ses capteurs et de son optronique, en plus de critères traditionnels tels que la puissance de feu, la protection et la mobilité. À cet égard, des capteurs plus performants offrent une meilleure connaissance du champ de bataille et permettent à l'équipage d'étendre les portées de détection, de reconnaissance et d'identification des cibles. Les capteurs sont de plus en plus complexes et reposent sur une série de matériaux essentiels. Les verres et miroirs de base utilisent du silicium et de la céramique, tandis que les systèmes infrarouges (IR) et de vision nocturne (NV), essentiels en environnement à faible visibilité, peuvent contenir du mercure, du tellurure de cadmium, du germanium, du cuivre et du tantale. Les télémètres laser et les capteurs de référence de bouche sont des équipements courants des chars modernes, permettant d'accélérer la génération de solutions de tir une fois la cible identifiée visuellement. Ces systèmes peuvent utiliser du néodyme- yttrium - grenat d'aluminium (Nd:YAG) et de l'indium et de l'erbium. Le néodyme et l'yttrium sont des terres rares, l'yttrium provenant à 94 pour cent de Chine, selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS).

L’étude précise que les systèmes de communication des chars de combat (MBT) utilisent «du cuivre et d'autres matériaux essentiels tels que l'arséniure de gallium, le nitrure de gallium, le béryllium, le silicium, l'argent et l'indium». Quant au canon principal et au blindage du char, ils nécessitent «de l'antimoine, du carbone, des alliages de manganèse, du chrome, du nickel, du molybdène et du vanadium», tandis que les munitions et le blindage reposent sur le tungstène et le titane en raison de leur dureté.

Un char Leopard 2 vu lors de la visite du ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, au bataillon de chars 203 de la Bundeswehr, à la caserne Maréchal Rommel à Augustdorf, en Allemagne, le 1er février 2023. [AP Photo/Martin Meissner]

L'étude de l'IISS fournit des détails similaires concernant les équipements militaires navals et aéroportés. Comme l'indique l'introduction: «La forte dépendance de l'Europe vis-à-vis des approvisionnements extérieurs, et notamment des matières premières critiques fortement concentrées, souvent en un seul lieu, représente un risque important et croissant pour l'industrie de défense européenne.»

Des blocs commerciaux à la guerre mondiale, et la réponse socialiste de la classe ouvrière

Les efforts de l'UE pour sécuriser ses ressources naturelles et sa main-d'œuvre bon marché, et pour étendre ses marchés, s'inscrivent dans une crise capitaliste mondiale dont les contradictions ont déjà engendré les prémices d'une troisième guerre mondiale, engageant les grandes puissances dans un nouveau partage du monde. Toute tentative de stabilisation des chaînes d'approvisionnement par une puissance crée de nouvelles tensions avec ses rivales. Une tentative simultanée de toutes les puissances en ce sens dégénère inévitablement en guerre impérialiste. En Europe même s'ajoute la complication de ce que l'UE n'est pas une puissance unique, mais une alliance de pouvoirs impérialistes aux intérêts divergents, comme en témoignent les flambées de tensions récurrentes entre la France et l'Allemagne.

Ces arrières-pensées contradictoires ont déjà éclaté en Ukraine où les États-Unis et l'OTAN ont systématiquement provoqué une guerre avec la Russie. Dans le cadre des efforts déployés par Washington pour parvenir à un accord avec la Russie sans passer par les puissances européennes, Trump a conclu l'année dernière un accord bilatéral avec l'Ukraine sur l'exploitation des ressources minérales essentielles du pays, accord qui exclurait les impérialistes européens.

Au cours de l'année écoulée, Trump a exacerbé les tensions avec les puissances européennes en menaçant plusieurs fois d'annexer le Groenland, territoire autonome danois riche en matières premières et occupant une position stratégique clé, au cœur de voies maritimes arctiques qui deviennent accessibles dû au changement climatique. Le New York Times rapporta en mai que les États-Unis cherchaient, lors de négociations avec le Danemark et le Groenland, à obtenir des bases permanentes pour leurs soldats et un droit de veto pour Washington sur toute décision d'investissement majeure concernant l'île.

Le vice-président JD Vance prend la parole à la base spatiale américaine Pituffik, au Groenland, le vendredi 28 mars 2025, tandis que le secrétaire à l'Énergie, Chris Wright (à gauche), et le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, Mike Waltz, l'écoutent. [AP Photo/Jim Watson]

L'intensification des antagonismes inter-impérialistes et la réapparition ouverte de blocs conflictuels rappellent les blocs commerciaux concurrents des années 1930 qui ont précédé et attisé la Seconde Guerre mondiale. Le Comité international de la Quatrième Internationale a identifié l'origine de ce processus à un stade beaucoup plus précoce de son développement, au début des années 1990, dans l'éclatement de l'équilibre d'après-guerre fondé sur l'hégémonie incontestée des États-Unis. Comme il l'écrivait dans sa déclaration du 1er mai 1991, appelant à un congrès international contre la guerre impérialiste et le colonialisme, qui s'est tenu à Berlin la même année:

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jamais les relations internationales n'ont connu une telle incertitude. Les réseaux diplomatiques prévisibles de la Guerre froide ont été bouleversés par les événements. Les anciennes alliances se délitent, tandis que de nouvelles sont encore en train d’émerger. La lutte de transnationales puissantes pour la domination mondiale confère une tension considérable aux relations internationales […] L'alliance des «amis» et des «ennemis» pourrait bien prendre une forme inattendue. Mais l'impérialisme étant ce qu'il est, le conflit des intérêts conduit inévitablement à la guerre.

Trente-cinq ans plus tard, la guerre mondiale n'est plus une perspective d'avenir, mais un processus terrifiant qui se déroule sous les yeux des travailleurs. La guerre illégale menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, approuvée par des puissances européennes qui ont déploré de ne pas avoir été consultées avant son déclenchement, a été le point culminant d'une période historique entière remontant à la dissolution de l'Union soviétique. Mais la tentative de l'impérialisme américain de compenser, en une série ininterrompue de guerres, son déclin économique par le déploiement de la force militaire, a échoué.

L'Iran et le Moyen-Orient en général constituent un front parmi d'autres dans une troisième guerre mondiale qui s'intensifie rapidement et qui englobe également la guerre contre la Russie et les préparatifs de guerre contre la Chine dans la région Inde-pacifique. Tandis que les puissances européennes s'efforcent de maintenir un certain niveau de coopération transatlantique dans la course mondiale aux marchés, aux ressources naturelles et à la main-d'œuvre bon marché – car elles restent fortement dépendantes des États-Unis pour leurs approvisionnements militaires et leurs renseignements – ces anciens alliés se perçoivent désormais comme des rivaux sur tous les fronts de ce conflit mondial.

Lénine décrivait la période historique ouverte par la Première Guerre mondiale et la Révolution russe comme une époque de guerres et de révolutions, car les contradictions du capitalisme avaient atteint un tel degré de maturité qu'elles ne pouvaient être résolues que par une guerre mondiale impérialiste ou une révolution socialiste. C'est dans cette perspective que la déclaration du CIQI du 1er mai 1991 soulignait:

«L’expérience historique témoigne éloquemment du fait que ce sont les contradictions objectives de l’impérialisme, et non les scrupules moraux ou les craintes subjectives des politiciens capitalistes, qui déterminent la question. La seule force au monde capable d’empêcher une nouvelle guerre mondiale est la classe ouvrière révolutionnaire.»

La tâche des travailleurs européens est de construire un mouvement politique indépendant qui s'oppose à la guerre, aux budgets de réarmement, à l’attaque des conditions sociales et à toute la logique de la concurrence capitaliste – et de le faire dans une union consciente avec les travailleurs des États-Unis, de Russie, de Chine, d'Ukraine, d'Inde, d'Afrique et du monde entier. Les travailleurs de tous les pays doivent lutter pour la transformation socialiste de la société: le remplacement de la production pour le profit par une production répondant aux besoins humains, et le remplacement du système des États-nations par une union fraternelle de républiques socialistes.

Tel est le programme du Comité international de la Quatrième Internationale. Il n'existe pas d'autre moyen d'empêcher la catastrophe vers laquelle toute la logique de l'ordre social actuel pousse l'humanité.

Fin.

(Article paru en anglais le 9 juillet 2026)

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