La grève d'environ 4400 agents de bord contre WestJet, la deuxième compagnie aérienne du Canada, a été court-circuitée par la bureaucratie syndicale après à peine plus d'une journée. Les agents de bord ont débrayé dimanche pour exiger la fin des tâches non rémunérées effectuées lorsque les avions sont au sol, une meilleure rémunération et la fin des horaires de travail exténuants.
Tôt lundi matin, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a annoncé avoir conclu une entente de principe avec WestJet et a ordonné aux agents de bord de reprendre immédiatement le travail.
Mercredi après-midi, plus de deux jours plus tard, le SCFP refusait toujours de fournir aux agents de bord de WestJet les détails essentiels de l'entente de principe.
Alia Hussain, présidente de la section locale du SCFP qui représente les employés de WestJet (section locale 8125), a toutefois admis que les revendications des travailleurs étaient loin d'être satisfaites. Lundi, Hussain a déclaré que l'accord représentait un «progrès significatif ».
Parallèlement, la ministre de l'Emploi, Patty Hajdu, s'est vantée du rôle majeur joué par le gouvernement libéral fédéral dans la fin rapide de la grève. Dans une publication sur les réseaux sociaux « se réjouissant » de l'accord, Hajdu a souligné qu'elle et des représentants du ministère du Travail avaient rencontré des représentants de WestJet et du SCFP tout au long des négociations, y compris lors de réunions séparées, et qu'ils avaient œuvré pour la conclusion de l'entente qui a mis fin à la grève. Autrement dit, les libéraux de Mark Carney – qui mène un programme brutal de guerre de classe, prévoyant des augmentations considérables des dépenses militaires, des réductions d'impôt, des subventions aux plus riches, une austérité draconienne et des attaques contre les droits des travailleurs – ont joué un rôle central pour en arriver à cette entente.
Pendant la courte grève et les jours qui l'ont précédée, Hajdu a utilisé à maintes reprises les mêmes arguments fallacieux que le gouvernement libéral a employés pour chaque grève des dernières années, grèves qu'il a ensuite criminalisées. Elle a affirmé préférer un « règlement négocié » et que « les meilleures ententes se font à la table des négociations ».
La bureaucratie du SCFP, brièvement contrainte en août 2025 de sanctionner la rébellion des agents de bord d'Air Canada contre un ordre de reprise du travail du gouvernement, était parfaitement consciente de la menace imminente d'une intervention gouvernementale pour briser la grève de WestJet. Elle a donc décidé de se plier aux exigences du gouvernement et d'imposer une entente de capitulation.
L'objectif du SCFP était d'éviter un ordre de reprise du travail du gouvernement, ce qui aurait pu entraîner des manifestations d’opposition susceptibles d'échapper au contrôle de la bureaucratie. Si les employés de WestJet avaient suivi l'exemple des agents de bord d'Air Canada en août dernier, leur mouvement aurait pu déclencher une contestation de la classe ouvrière contre le gouvernement libéral de Carney, auquel le SCFP et l'ensemble de la haute direction syndicale sont étroitement alliés.
Soulignant que pour la bureaucratie du SCFP, la priorité absolue était de préserver les privilèges des dirigeants du syndicat plutôt que de répondre aux revendications des agents de bord, Hussain a déclaré au sujet de l'entente de principe : « Plus important encore, cette entente a été conclue par la négociation collective. »
WestJet et le travail non rémunéré
Les négociations contractuelles ont principalement porté sur la réforme du système de rémunération rétrograde des « heures de crédit » de WestJet, qui prive le personnel de cabine d'environ 1 100 $ par mois. Chez WestJet, le personnel de cabine n'est pas rémunéré à l'heure pour les heures passées à aider les passagers lors de l'embarquement, du débarquement et des instructions avant vol, sans parler du temps passé sur le tarmac pendant les longs retards.
Une étude récente du syndicat révèle que les agents de bord effectuent en moyenne 35 heures non rémunérées par mois pour ces tâches. Cette étude, basée sur des horaires types sur plusieurs mois, a démontré que les agents de bord de WestJet gagneraient moins que le salaire minimum fédéral de 18,15 $ l'heure si leur temps passé au sol était comptabilisé dans leur temps de travail.
Lors d'une conférence de presse tenue lundi après-midi en bordure d'une route très fréquentée de l'aéroport de Calgary, qui a duré moins de cinq minutes, Hussain a annoncé que l'entente de principe serait présentée aux membres au cours des 30 prochains jours sous forme de présentation, avant les réunions de ratification.
Hussain a déclaré en termes très généraux que l'entente « améliore le système de crédits de vol en reconnaissant une plus grande portion du travail effectué par les agent(e)s de bord ». Autrement dit, elle perpétue le travail non rémunéré, tout comme l'entente finalement imposée aux agents de bord d'Air Canada. Lors de la brève période de questions-réponses qui a suivi sa conférence de presse, elle a révélé que la bureaucratie syndicale avait capitulé face à la menace d'une interdiction de grève imposée par le gouvernement. Le SCFP, a déclaré Hussain, mettait fin à la grève et s'attendait à ce que les membres ratifient l'entente de principe « compte tenu des circonstances ».
Les « circonstances » – qu’elle a refusé de préciser – étaient les suivantes : les travailleurs étaient confrontés à la menace imminente d’une intervention gouvernementale visant à criminaliser leur grève d’envergure au moyen d’une « réinterprétation » douteuse du tristement célèbre article 107 du Code canadien du travail. Concocté par les deux derniers gouvernements libéraux, cet article permet à Ottawa de se passer même d’un vote parlementaire pour une reprise du travail et d’ordonner à la Commission canadienne des relations industrielles (CCRI), un organisme non élu, de déclarer une grève illégale et d’imposer un arbitrage exécutoire. Cette manœuvre, utilisée à dix reprises au cours des trois dernières années, est devenue le principal atout du gouvernement fédéral et de ses patrons de la grande entreprise dans des secteurs clés de l’économie. Dans ces conditions, le syndicat a décidé d’épargner à Hajdu les tracas et de jouer le rôle de briseur de grève en chef.
Non seulement il s’agit d’une trahison flagrante envers les agents de bord de WestJet, mais cela encouragera également le gouvernement Carney, qui, dans le cadre de sa révision actuelle du Code du travail, prévoit d’introduire une série de nouvelles restrictions au droit légal de grève des travailleurs.
Il y a une part de vérité dans la remarque de Hussain selon laquelle le système de «négociation collective » aurait remporté une « victoire ». Après tout, ce système, conçu par l'État et favorable aux employeurs, est le moyen par lequel des représentants privilégiés au sein de la bureaucratie syndicale organisent leur coopération avec les dirigeants d'entreprise et l'État afin de gérer conjointement l'exploitation impitoyable de la classe ouvrière. Ces dirigeants syndicaux ne se soucient jamais des attaques virulentes contre les salaires et les conditions de travail exigées par la classe dirigeante, mais cherchent simplement à s'assurer une « place à la table » des négociations pour les faire appliquer.
Deux semaines avant la date limite de la grève, Hajdu avait nommé Peter Simpson, directeur général du Service fédéral de médiation et de conciliation, médiateur spécial chargé de superviser les négociations avec WestJet. La réputation de Simpson le précédait sans aucun doute. Il a été le fer de lance du gouvernement dans pratiquement toutes les grandes grèves du pays ces dernières années. Il a « aidé » des entreprises sur le point de faire grève ou en grève à imposer des ententes favorables aux deux compagnies ferroviaires nationales canadiennes, aux quais du Pacifique, à Postes Canada et, l’an dernier, à Air Canada lors de la grève des agents de bord.
Leçons de la trahison du SCFP lors de la grève d’Air Canada en 2025
L’entente de trahison de l’an dernier chez Air Canada est particulièrement instructive pour les agents de bord de WestJet, qui devraient maintenant s’organiser pour reprendre la direction de leur lutte contractuelle à l’appareil du SCFP en créant des comités de base.
En août 2025, les agents de bord ont déclenché une grève après avoir voté massivement en faveur d’un mouvement de grève pour obtenir des augmentations salariales et la fin du travail non rémunéré. La grève a suscité une profonde sympathie au sein de la population canadienne et a complètement paralysé la compagnie aérienne. Moins de 12 heures plus tard, Hajdu, usant des pouvoirs anticonstitutionnels de l’article 107 du Code canadien du travail, a ordonné au CCRI d’interdire la grève.
Les agents de bord ont ouvertement bravé l'ordre et poursuivi leur débrayage. Le SCFP a brièvement toléré cette désobéissance, non pas pour obtenir satisfaction aux revendications légitimes des travailleurs et contrer l'atteinte portée par l'État au droit de grève, mais uniquement pour garder le contrôle suffisamment longtemps afin de contraindre les travailleurs à reprendre le travail. La bureaucratie du SCFP a alors entamé une séance de négociation éclair avec la direction, sous médiation gouvernementale, et au petit matin, le syndicat a annoncé sa capitulation.
L'entente était « contraignante » pour les membres. Ces derniers n'étaient pas été autorisés à voter sur les points clés de l’entente. Sur les sections où le vote était autorisé, ils ont rejeté l'entente à 99 %. Le « règlement » prévoyait initialement une indemnisation de seulement 50 % pour le travail non rémunéré avant le vol. Aucune compensation n'était prévue pour le travail non rémunéré après le vol. C'est cet accord que l'équipe de négociation du SCFP chez WestJet a cherché à reproduire.
Comme l'écrivait à l'époque le World Socialist Web Site : « La principale crainte de la bureaucratie syndicale était que la courageuse attitude de défi des agents de bord à l'égard de l'opération brise-grève de Carney inspire d'autres secteurs de la classe ouvrière. L'inflation, la baisse des salaires et l'attaque systématique contre le droit de grève sont des questions brûlantes pour les travailleurs de tous les secteurs, de l'éducation à la santé en passant par l'industrie automobile. Une grève illégale illimitée menée au mépris du gouvernement menaçait de faire éclater le système soigneusement géré des “relations de travail” corporatistes qui, depuis des décennies, maintient la lutte des classes sous un contrôle bureaucratique étroit, et de déstabiliser le gouvernement libéral minoritaire de Carney, récemment élu, avant même qu'il ne présente un budget. Le SCFP est intervenu, non pas en tant qu'organisation de lutte pour les travailleurs, mais en tant que gendarme politique agissant au nom de l'État capitaliste pour étouffer la lutte. »
Derrière les attaques actuelles contre le niveau de vie des travailleurs se cache une crise systémique du capitalisme, qui pousse la classe dirigeante canadienne et ses rivaux impérialistes à se disputer les marchés, les ressources et les profits en intensifiant l'exploitation des travailleurs et en faisant la guerre. Il suffit de constater que le succès tant vanté par le gouvernement Carney de l'ancien objectif de l'OTAN de consacrer 2 % du PIB à l'armée ne représente que 40 % des 5 % qu'il s'est engagé à dépenser pour la guerre en seulement neuf ans. Les dizaines de milliards de dollars supplémentaires nécessaires chaque année pour atteindre cet objectif doivent être prélevés sur les services de santé, l'éducation et les autres services publics et aides sociales. Sachant pertinemment que de telles politiques susciteront une vaste opposition, la classe dirigeante cherche à priver les travailleurs de tout droit légal de grève ou de résistance et à créer de nouveaux mécanismes pour imposer une austérité dictée par l'État.
C'est précisément vers ce mouvement d'opposition populaire que tous les travailleurs doivent se tourner. La lutte pour des salaires et des conditions de travail décents dans tous les secteurs économiques doit être liée à la lutte contre le réarmement, la guerre impérialiste et la montée des formes autoritaires de pouvoir, notamment les atteintes au droit de grève. Cela exige la construction de nouvelles organisations de lutte de classe – des comités de base – pour briser l’emprise de la bureaucratie syndicale et mobiliser la force sociale et politique de la classe ouvrière contre l’austérité capitaliste et la guerre.
