Suite aux événements de Ceuta, l'Union européenne intensifie sa politique migratoire fasciste

Des migrants entrés en Espagne sont transportés par des soldats espagnols vers la frontière hispano-marocaine en vue de leur expulsion vers le Maroc depuis l'enclave espagnole de Ceuta, le dimanche 2 août 2026. [AP Photo/Bernat Armangue]

La tragédie des réfugiés à Ceuta a mis en évidence de manière brutale la façon dont l'Union européenne (UE) met en œuvre la politique migratoire inhumaine de l'extrême droite et l'intensifie systématiquement.

Bien que plus de 140 personnes aient perdu la vie alors que des dizaines de milliers de réfugiés tentaient d'atteindre l’enclave espagnole de Ceuta, limitrophe du Maroc, pas un seul mot de regret ou d'empathie n'a été prononcé dans les cercles politiques officiels. Ces jeunes désespérés, qui risquent leur vie pour échapper à une existence sans emploi, sans revenu ni perspective d'avenir, ont été traités comme une armée d'invasion ennemie.

Le premier ministre social-démocrate espagnol, Pedro Sánchez, a pris les devants en condamnant l'entrée des réfugiés comme une « attaque » et une « violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne ». Sánchez a envoyé l'armée à Ceuta pour refouler les réfugiés et les affamer littéralement. Tous les magasins ont été fermés à la suite d'un appel public, laissant des dizaines de milliers de personnes sans eau ni pain. Même la volonté d'aider des habitants locaux n'y a rien changé.

Sánchez a ainsi ignoré tant le droit des mineurs non accompagnés à un examen individuel de leur situation qu’une décision de la Cour suprême espagnole en vertu de laquelle les migrants arrivant par mer ne peuvent être expulsés sans procédure légale régulière. La voie reliant Ceuta à la métropole espagnole étant strictement contrôlée, la vaste majorité des réfugiés sont retournés au Maroc en l'espace d'une journée.

Le partenaire de coalition de Sánchez, l'organisation pseudo-de gauche Sumar, a soutenu ses actions brutales et illégales. La vice-première ministre Yolanda Díaz a rejeté la faute sur le Maroc: elle a accusé ce pays d'utiliser des civils désespérés comme moyen de pression sur l'Espagne et d'avoir causé la mort de dizaines de personnes.

Pourtant, pour l'UE et la plupart des gouvernements européens, la démarche de Sánchez n'était pas assez ferme. Alors que le chef du parti franquiste Vox, Santiago Abascal, et d'autres extrémistes de droite défilaient dans les rues de Ceuta en criant «Pedro Sánchez, fils de pute», l'UE adoptait la même ligne.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié les images de Ceuta d'«inacceptables». «Nous ne pouvons permettre à quiconque d'entrer dans notre Union sans se conformer à nos règles», a-t-elle écrit sur X.

Vingt-deux chefs d'État et de gouvernement européens ont accusé dans une lettre ouverte le gouvernement espagnol d'encourager la migration irrégulière. Ils ont menacé de suspendre l'accord de Schengen, ce que l'Italie s'est empressée de faire.

La lettre ouverte a été initiée par la première ministre italienne Giorgia Meloni et son homologue danoise Mette Frederiksen. La néofasciste et la sociale-démocrate travaillent depuis longtemps de concert pour endurcir la politique migratoire européenne. Le chancelier allemand Friedrich Merz a également signé le document. Seuls l'Irlande, la France, le Luxembourg et le Portugal ne l'ont pas signé.

La lettre ne s'est pas limité à critiquer l'Espagne sur les événements de Ceuta. Elle s'en est également prise au jugement de la Cour suprême espagnole accordant certains droits aux migrants arrivant par mer. Le texte affirmait que cette décision avait été «utilisée pour déclencher cette attaque et pour abuser de notre système de migration et d'asile».

La lettre a aussi vivement critiqué la décision prise il y a quelques mois par le gouvernement espagnol d'autoriser quelque 500 000 migrants en situation irrégulière et ayant demandé l'asile en Espagne avant la fin de 2025 à régulariser leur statut. Elle a qualifié cela de «facteur d'attraction» qui fragilisait les frontières extérieures de l'UE.

En réalité, la décision du gouvernement Sánchez n'était pas fondée sur des motifs humanitaires, mais sur des considérations purement économiques. L'économie espagnole dépend fortement de l'exploitation d'une main-d'œuvre à bas salaire. Le secteur agricole en particulier, qui approvisionne l'Europe entière en fruits et légumes, a besoin de cette main-d'œuvre pour ses récoltes, qui nécessitent un important travail manuel.

Le président américain Donald Trump est lui aussi venu s’immiscer. Par l'intermédiaire de son porte-parole, il a déclaré qu'il mettait en garde depuis longtemps contre les conséquences de la politique d'immigration «mondialiste d'extrême gauche» appliquée en Europe: «L'Espagne et d'autres pays qui ont adopté cette philosophie destructrice doivent changer de cap immédiatement, ou ils risquent de courir à leur perte.»

Sánchez a répondu à la lettre ouverte des chefs de gouvernement européens par une réplique courroucée adressée à von der Leyen. Il y accusa ses détracteurs de préjugés, de désinformation, d'ignorance et de calcul politique, et se vanta de ce que la frontière extérieure de l'Espagne figurait parmi les moins poreuses de l'UE. Le nombre d'entrées irrégulières n'y était que la moitié environ de celui de l'Italie.

Une conférence des ministres de l'Intérieur de l'UE, tenue en ligne mardi, a ensuite tenté d'apaiser les choses. Les puissances européennes, occupées à faire de l'UE un contrepoids militaire et géopolitique aux États-Unis, n’y souhaitent pas pour le moment de rupture politique ouverte. Le commissaire européen Magnus Brunner, responsable des Affaires intérieures et de la Migration, a salué le gouvernement espagnol et l'a remercié d'avoir «rétabli l'ordre». L'Europe avait réussi le crash-test, a-t-il déclaré.

Les ministres de l'Intérieur ont convenu d'un nouveau durcissement de leur politique migratoire. Alors même que la réforme du Système d'asile européen commun (SAEC), qui permet de délocaliser les procédures d'asile aux frontières extérieures, n'est entrée en vigueur qu’il y a quelques semaines, Brunner a annoncé un nouveau plan en cinq points.

Ce plan vise, entre autres, à renforcer la coopération avec les pays d'origine et de transit — c'est-à-dire avec les dictateurs et les milices armées qui répriment les migrants pour le compte de l'UE —, à étendre encore la protection des frontières extérieures par le biais de Frontex, à intensifier la lutte contre les passeurs et à améliorer la détection de la désinformation sur les réseaux sociaux. Le ministre allemand de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, a appelé à renforcer davantage les frontières extérieures de l'UE, «y compris par des barrières physiques».

Il serait naïf de ne voir dans ce développement d'un vaste appareil de surveillance, de défense et de répression contre les migrants que le simple instrument d’une politique réactionnaire anti-réfugiés. Brunner a reconnu que le verrouillage de l'Europe est déjà extrêmement efficace. Le nombre de franchissements irréguliers des frontières a chuté de 55 % au cours des deux dernières années et de 40 % cette année. L'Europe n'avait « jamais eu autant le contrôle sur la migration illégale qu'à l'heure actuelle».

Même les événements de Ceuta, où plus de 140 réfugiés sont morts sans qu'un seul ne parvienne à atteindre le continent européen, ne justifieraient pas un nouveau durcissement de la politique migratoire, même du point de vue réactionnaire des gouvernements européens.

En réalité, ce qui est en jeu est bien plus considérable. Ceux visés sont les migrants et les réfugiés mais le but est de cibler toute la classe ouvrière. La répression contre les migrants sert à diviser la classe ouvrière internationale et à édifier des États policiers qui répriment toute forme d'opposition sociale et politique — contre les licenciements, les coupes dans les services sociaux, le réarmement et la guerre.

Aux frontières de la Forteresse Europe surgissent des camps de concentration et des zones de non-droit où on emprisonne et maltraite sans procès des hommes, des femmes et des familles entières qui n’ont commis aucun délit. Frontex et les appareils policiers et de renseignement nationaux sont intégrés dans un dispositif global de surveillance et de répression à côté duquel la Gestapo d'Hitler paraît primitive. La vidéosurveillance, la reconnaissance faciale, l'écoute des téléphones portables et des ordinateurs, et des logiciels spécialisés tels que Gotham de Palantir, permettent une surveillance sans faille de l'ensemble de la population.

Aux États-Unis, le président Trump a fait de la guerre contre les migrants le cœur de ses efforts pour instaurer un État policier. Des agents masqués de la Gestapo de l'ICE traquent et arrêtent des travailleurs, dont certains vivent et travaillent aux États-Unis depuis des décennies. Rien que dans la première semaine de juillet, l'ICE a arrêté 10 000 personnes. Quiconque proteste contre cela risque sa vie — à l'instar de Renée Nicole Good et d'Alex Pretti. Des dizaines de milliers de personnes languissent dans des camps de concentration, souvent gérés par des entreprises privées. L'Europe suit la même voie.

Les travailleurs doivent défendre inconditionnellement les droits démocratiques des réfugiés et des migrants. Cela n’est pas juste un devoir humanitaire, c’est la condition préalable pour défendre leurs propres droits sociaux et démocratiques. Défendre les migrants signifie défendre la classe ouvrière dans son ensemble. Cela fait partie intégrante de l'unité de la classe ouvrière internationale dans la lutte pour la révolution socialiste mondiale.

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