Les lycéens français manifestent contre l’élection Macron-Le Pen

De nombreux lycées ont été bloqués à Paris mardi pour s'opposer au second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen le 24 avril. Ces blocages font suite aux manifestations organisées dans toute la France ce week-end et à l'occupation de nombreuses universités françaises la semaine dernière en opposition aux deux candidats d'extrême droite.

Dans le centre de Paris, les lycéens ont bloqué les lycées Louis Le Grand, Lamartine, Henri IV, Fénelon, Balzac et Lavoisier. Un certain nombre d'autres établissements dans la capitale ont fermé afin d'éviter les confrontations avec les étudiants manifestants. Le lycée Jaurès à Montreuil a également été bloqué par les jeunes.

Plusieurs universités restent fermées à Paris, l’État craignant que le mouvement d'occupation de la semaine dernière ne fasse tâche d’huile. Les universités de Nanterre et de la Sorbonne sont restées fermées depuis la fin de la semaine dernière. L'université de Paris 8 à Saint-Denis, où les étudiants avaient prévu une assemblée générale pour mardi, a été fermée par l'administration mardi matin. L'université de Paris-1 a déplacé les cours en ligne, déclarant à Marianneque c’était pour assurer la «sécurité des personnes».

Des étudiants qui occupent la Sorbonne avec une bannière qui dit «Sorbonne occupée contre Macron, Le Pen et leur monde»

Le plus grand blocus lycéen était à Louis Le Grand, où des centaines d'étudiants se sont rassemblés pour bloquer l'entrée du lycée. Le lycée se trouve en face de l'université de la Sorbonne, dans le Quartier latin. Lorsque la police est arrivée à Louis Le Grand dans l'après-midi, des lycéens d'autres établissements ont rejoint le blocus pour les protéger. Les lycéens qui bloquaient le lycée scandaient «Emmerdez le Front national».

Nina, une lycéenne d'un autre établissement de la région parisienne qui était venue aider à défendre le blocus du lycée Louis Le Grand contre les flics, a parlé au WSWS.

Elle a dit: «Nous sommes venus bloquer les lycées parce que nous voulions soutenir les étudiants qui manifestaient la semaine dernière. Beaucoup d'entre nous avons 15 ou 16 ans, nous ne pouvons pas voter ou même voter blanc. Cependant, cette élection nous menace et c'est la seule façon de faire entendre notre voix. Beaucoup de nos professeurs nous soutiennent même et nous encouragent à lutter pour nos droits et contre le fascisme, mais il leur est difficile de l'affirmer ouvertement.»

Elle a ajouté: «Nous sommes venus ici pour défendre les étudiants de Louis Le Grand. Mon école était fermée parce que nous l'avons bloquée ce matin, mais ensuite la police est arrivée ici et nous nous sommes organisés avec d'autres étudiants du quartier pour venir ici les aider.»

Nina a pointé la violente expulsion par la police des étudiants à la Sorbonne la semaine dernière: «C'est la réalité en France. La police agit comme ça tout le temps. Bien sûr, ils pourraient essayer de nous refaire le coup bientôt, mais nous voulons continuer à lutter.»

Les lycéens ont raison de craindre une violente intervention des flics. En novembre 2020, la police a violemment réprimé les blocages de lycées contre la réouverture des écoles pendant la pandémie. Des élèves de 15 et 16 ans qui manifestaient contre une politique d'infection massive menée par l’État, qui obligeait les enseignants et les élèves à retourner dans les salles de classe où le virus se propageait rapidement, ont été gazés par la police.

Interrogée sur la perspective de voir Macron ou Le Pen à la présidence, Nina a dit: «Sous les deux candidats, notre avenir s'annonce très mauvais. Je ne peux pas imaginer cinq ans sous l'un ou l'autre; sous les deux, le climat et la discrimination vont encore s'aggraver. En tant que lycéens, nous voyons Macron essayer de nous faire payer l'université. Je veux faire des études universitaires, et les universités [financées par des fonds publics] sont l'une des meilleures choses en France.»

Interrogée sur les politiques des deux candidats sur l’Islam, elle a dit: «Macron et Le Pen attaquent tous deux les musulmans de France. Beaucoup de nos amis sont issus de familles musulmanes et les deux candidats les menacent». Désignant un ami tunisien dans son groupe, elle a ajouté: «Il est tout aussi français que moi, mais lui et sa famille ont peur d'être renvoyés en Tunisie. Avoir autant de gens différents est une autre des meilleures choses en France.»

Interrogée sur comment faire avancer la lutte, Nina a dit: «C'est le début de notre combat contre le vainqueur, quel qu'il soit. Nous avons besoin d'une révolution. Nous en avons déjà eu une en France, et nous en avons besoin à nouveau.»

La lutte des jeunes contre les deux candidats présidentiels réactionnaires donne raison à l'appel du Parti de l'égalité socialiste (PES) à un boycott actif du second tour. Il faut mobiliser les travailleurs et les jeunes, les armer avec une perspective d'opposition irréconciliable à la fois à Macron et à Le Pen, et construire des comités d'action indépendants pour coordonner les luttes. C'est la seule façon de se préparer à la confrontation qui émergera inévitablement entre la classe ouvrière et le prochain président après l'élection, quel qu'il soit.

Ces manifestations soulignent également la traîtrise de Mélenchon, qui refuse de s'engager dans une lutte contre Macron et Le Pen, bien qu'il ait remporté des millions de voix, notamment parmi les jeunes. Des millions de personnes ont voté pour lui pour marquer une opposition fondamentale aux politiques de Macron et Le Pen. Mais dans une interview accordée à BFM-TV mardi soir, il a annoncé qu’il voulait devenir le prochain Premier ministre de Macron ou de Le Pen. En clair, Mélenchon pourra se subordonner à l'un ou l'autre des deux présidents d’extrême-droite.

Cela souligne la nécessité pour la jeunesse de lutter pour la construction de nouvelles organisations de lutte de la classe ouvrière, indépendants des partis établis. Dans leur lutte contre Macron et Le Pen, les jeunes doivent tirer des conclusions qui s’imposent. Contre Macron et Le Pen, il faut mobiliser la classe ouvrière, la seule force dans la société capitaliste capable de mettre en œuvre un programme socialiste, et construire le Parti de l'égalité socialiste en tant qu’alternative politique aux manœuvriers petit-bourgeois cyniques comme Mélenchon.